Arrow S1, entre anarchisme et rédemption du capitalisme [Spoiler]

Le comics Green Arrow/Red Arrow

Le comics Green Arrow/Red Arrow

La saison 1 d’Arrow est une réflexion poussée sur le capitalisme dans ses formes actuelles. L’esthétique est réaliste et noire, de type Nolanienne ; nous sommes dans une ambiance de film policier et d’intrigues, très éloignée de la présentation habituellement comique et fantaisiste des histoires de super-héros. Le personnage principal, Oliver Queen alias « l’homme à la capuche », n’est pas vraiment un héros et le dit clairement ; quant à la police, en la personne de Quentin Lance, elle dit de lui qu’il « n’est pas un héros, mais un anarchiste ». Exit les blagues du comics Green Arrow, ce personnage fantasque à la barbe jaune canari (voir les GA des années 80 par exemple). La mission qu’il s’est attribuée après son naufrage sur une île et la mort de son père, est de mettre un terme aux nuisances des millionnaires corrompus, mafieux, meurtriers et pontes de la drogue ; il s’en prend rarement aux petites frappes et ne leur attribue pas les maux de la société. Ces derniers sont l’œuvre du gotha de Starling City. L’analyse est anticapitaliste :  la misère sociale est entretenue par les puissants propriétaires, qui sont clairement au-dessus de la loi bourgeoise et l’utilisent à leurs fins : ils gagnent les procès ou s’échappent de la ville en toute impunité.

Robin des Bois, film de 1991

Robin des Bois, film de 1991

Mais Oliver Queen parvient à leur extorquer des aveux, et aide la police ainsi que l’avocate Laurel Lance, son ex petite amie, à les coincer. Pourtant, la police cherche en permanence à l’arrêter et le considère comme un criminel, un assassin en série, quelqu’un qui « possède un pouvoir trop grand pour un homme, celui d’être hors des lois ». Le rapprochement avec le mythe de Robin des Bois va de soi, mais le caractère d’Oliver Queen est loin du type charitable et sympathique qui redistribue de l’argent aux pauvres. En ce sens, comme dans le cas d’autres super-héros ou même anti-héros, comme Batman, Red Hood (Jason Todd) ou The Punisher, la limite est floue entre le justicier et le terroriste : c’est une sorte de terrorisme anti-capitaliste, comme Ravachol ou mieux, Émile Henry (voir le livre Ravachol et les anarchistes, de Jean Maitron).  Ce dernier était un fils de bonne famille, révolté par l’injustice du système social, qui en viendra à la « propagande par le fait » : l’utilisation des bombes. Il finira guillotiné. Ce serait le cas d’Oliver Queen si la police l’arrêtait : ses actes contre les puissants ne vont pas sans dommages collatéraux, même si le personnage essaie de les réduire de plus en plus, et il est lui aussi issu d’une famille aisée, milliardaire même.

Oliver Queen lutte sans le savoir, puis en en prenant connaissance, contre un projet impliquant son père défunt, sa mère et un vilain surentraîné qui utilise tout comme lui des flèches : l’identité cachée et sombre de Malcolm Merlyn. Ce projet fomenté par les puissants de Starling City consiste à détruire purement et simplement l’immense quartier pauvre, de type banlieue ou bidonville, de la ville : les Glades. C’est une sorte de gentrification hardcore, une forme radicalisée de l’agonie à laquelle sont condamnés les bidonvilles de notre monde réel. Il y a même un fond religieux dans ce projet de « purification » de Starling City, éliminer les pauvres aura pour fonction d’assainir la ville et de diminuer le nombre de crimes, afin de créer un paradis social. C’est comme si le capitalisme était prêt à anéantir ceux parmi les exploités qui sont devenus trop dangereux, trop improductifs.

Oliver Queen dans Arrow

Oliver Queen dans Arrow

Même si Oliver Queen n’est pas vraiment un héros, et ressemble plutôt à une sorte d’anarchiste « privé » (qui n’agit pas dans la politique publique), il est issu de la haute bourgeoisie, comme en son temps Pierre Kropotkine venait de la noblesse russe. En ce sens, ses flèches prennent un aspect rédempteur au sein du capitalisme : c’est comme si ce dernier avait enfanté l’homme qui allait réparer ses torts auprès des opprimés. C’est pourquoi Arrow ne nous semble pas une série communiste, bien que sa critique du système soit radicale et progressiste. Nous sommes cependant satisfaits de la critique de la charité bourgeoise qu’il y a dans la série, charité semblable à celle de Cécile, la fille des actionnaires de la mine dans Germinal d’Émile Zola, qui donne des vêtements aux mineurs pauvres. En effet, Roy Harper, le futur Red Arrow ou Arsenal, habitant des Glades dans le besoin et petit délinquant, refuse l’argent « salvateur » de la sœur d’Oliver Queen, Théa, même s’il entame avec elle une romance, et son idéal est plutôt de devenir lui aussi un justicier/anarchiste.

F.T.

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