Post-scriptum aux fragments antiques : le communisme confucéen

Je disais dans l’article précédent que je connaissais très peu la philosophie chinoise antique. Après quelques recherches, je vous livre des extraits de Mencius (380-289 av. J.-C.). Il semble en effet prôner la collectivisation d’une partie des terres cultivées, pour des raisons économiques et pas seulement philanthropiques, au contraire des sages grecs : « Un stade carré formera un tsìng [carré] de neuf cents arpents. Au milieu sera le champ commun. Huit familles posséderont en propre chacune cent arpents. Elles cultiveront ensemble le champ commun, et ne se permettront de faire leurs travaux particuliers que quand les travaux communs seront terminés. »

Mencius

Mencius

Mencius dit aussi : « Le parc de Wenn wang [le roi] avait soixante-dix stades d’étendue en tous sens. Il était ouvert à ceux qui voulaient ramasser du foin ou du chauffage, chasser aux faisans ou aux lièvres. Wenn wang en partageait l’usage avec le peuple. Le peuple trouvait ce parc trop petit. N’avait-il pas raison ? » On retrouve là encore l’idée que la terre ne doit pas être entièrement privatisée, ni par l’État ou le roi, ni par les aristocrates, afin d’avoir une stabilité sociale et que les familles puissent se nourrir.

Cependant, le confucianisme des origines tout comme celui pratiqué par Mencius n’admet pas la remise en cause de la hiérarchie politique, qui est un décalque de la hiérarchie cosmique : c’est la raison pour laquelle cette religion et philosophie fut combattue par les mouvements révolutionnaires en Chine, des Taiping jusqu’à Mao. Mencius dit en effet : « L’inégalité est inhérente à la nature même des choses. Il en est qui valent deux fois ou cinq fois plus que d’autres ; certaines valent dix fois ou cent fois plus, et même mille fois ou dix mille fois plus. Les mettre toutes sur la même ligne, c’est troubler l’univers. Si les souliers, grands ou petits, se vendaient tous au même prix, qui voudrait en faire de grands ? (Et si les souliers, bons ou mauvais, étaient au même prix, personne n’en ferait de bons). Si les hommes suivaient les principes du philosophe Hiu*, le courant les entraînerait tous à se tromper les uns les autres : La société pourrait-elle être gouvernée ? »

Comme pour les autres fragments antiques de communisme, il est bon de retrouver la théorisation de l’Idée tout en critiquant les insuffisances de ce communisme qui vient « d’en haut » et qui a ses limites évidentes.

* Hiu : philosophe chinois dont on nous rapporte : « le prince sage cultive la terre et se nourrit avec le peuple ; il gouverne en même temps qu’il prépare lui-même ses aliments » (extrait de Les quatre livres de philosophie morale et politique de la Chine). Une possible abolition de la division du travail manuel et intellectuel, au sommet de l’État ?

FT

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