Le camp du mensonge

complotistes

Le nationalisme se caractérise par un culte absolument fondamental du mensonge comme arme politique. De Goebbels qui théorisait le mensonge comme arme de propagande à François Duprat (néofasciste, fondateur du FN) qui se ventait d’inventer chiffres et noms pour ses livres « historiques », cette stratégie a toujours été une constante historique.

Car un dirigeant nationaliste ne peut pas être sincère: il y a toujours un décalage entre les actes et la parole, entre l’idéalisme idéologique et les magouilles du quotidien. Les identitaires nous bassinent avec leur « révolte contre le monde moderne » et se prennent en photo en boîte de nuit, Zentropa publie des planches de bédés d’un dessinateur marxiste en disant que les « rouges ne lisent pas », le GUD agresse un couple mixte puis défend Bruno Gollnisch (marié à une japonaise) et pour revenir à Duprat, celui ci partait dans des envolées lyriques révolutionnaires tout en négociant son aide à la droite gaulliste.

La lutte contre le « matérialisme », l’auto-glorification, la mystique militante, le refus affiché d’une prétendue « pensée unique » (pas celle de TF1 en tout cas!), conduisent à tous les mensonges possibles, à une intoxication systématique au service de la cause – c’est à dire la nécessité d’encadrer les révoltés pour les conduire sur une voie de garage.

Et dans la période actuelle de grande confusion idéologique, où comme nous l’avons expliqué l’effondrement de la social-démocratie favorise le ralliement de larges pans de la petite-bourgeoisie (et de prolétaires) à l’option fasciste, cette tendance se renforce.

Prenons la manifestation antifasciste ayant eu lieu à Paris le week end dernier. Un incontestable succès, rassemblant plusieurs milliers de personnes, très largement autonomes par rapport aux partis et organisations de la « gauche ». Soyons clairs, cette manifestation était une démonstration de force pour le courant de l’antifascisme auquel Feu de Prairie se rattache: un courant autonome, radical dans ses formes de lutte, s’organisant sur des bases de classe, et refusant à la fois l’islamophobie raciste et l’antisémitisme complotiste. Un pari réussi puisque la manifestation était très populaire, avec un cortège pro-palestinien aux slogans pertinents, des groupes féministes, des communistes révolutionnaires… Et beaucoup de gens extérieurs au milieu militant.

Que voit on sur internet? Les commentaires des fascistes ont bien évidemment fleuri. A défaut d’occuper la rue, les guerriers nationalistes paradent sur facebook et youtube (on a les champs de bataille qu’on mérite…). Que disent ces commentaires? En gros: les « antifas » seraient la milice de Valls, seraient sionistes, tous blancs, casseurs professionnels et bourgeois. Allons bon! Il y a quelques temps, les « antifas » étaient des crasseux métisses indisciplinés… Il faudrait savoir.

Reprenons. Face à des images d’un cortège véner, métisse et populaire, arborant des drapeaux palestiniens, les fascistes répètent en boucle que ce sont des blancs sionistes à la solde du PS. Non mais allo! ALLO! Jusqu’à quel point sont ils prêts à répéter en boucle les phrases de Soral? Quels mensonges sont ils prêts à gober volontairement? Vont ils aller jusqu’à expliquer que les syndicalistes sont en fait des bobos millionnaires masqués, et les noirs et arabes des blancs déguisés? Sérieusement?

D’un point de vue plus politique, ils est intéressant de voir les clichés qu’ils convoquent pour appuyer leur discours: le bourgeois blanc casseur, ne travaillant pas, profitant des allocations, crachant sur le drapeau. Oui, ces courageux commentateurs soraliens « pourfendeurs de la pensée unique » dressent le même portrait du gauchiste qu’un électeur de Sarkozy, en somme… Très subversif. Il y a aussi « l’islamo-gauchiste » ou « l’assassin communiste », clichés utiles à convoquer, même si ils sont un peu datés. On aura pas échappé non plus au mythique financement sionisto-socialiste des antifas. Voilà où les fafs en sont réduits: ils croient sincèrement pour certains que Valls se crée des troubles à l’ordre public ou que le « sionisme » paye des casseurs pro-palestiniens. Bientôt, ils nous diront que le mouvement pro-palestinien lui même est une invention du Mossad*.

Vient alors la question de la répression: les visuels complaisants ont fleuri sur facebook, comparant la répression du Jour de Colère à celle des manifestations antifascistes (notamment celle de Rennes). Le but étant de démontrer la prétendue protection occulte dont ces dernières bénéficieraient. Petit rappel. Jour de Colère: 19 policiers blessés, slogans antisémites, émeute. Condamnations des interpellé-e-s: anecdotiques. Alors qu’à Paris ou Lyon, les antifas arrêtés (parfois même préventivement) subissent de très lourdes condamnations. Comparons les « manifs pour tous » à un mouvement social (CPE, Retraites…). Dans le premier, malgré les nombreux soirs d’émeutes, aucune condamnation sérieuse n’a été enregistrée. De l’autre côté rappelez vous des condamnations hallucinantes des mouvements sociaux (amendes, sursis, prison), des lycéens et ouvriers éborgnés au flashball, des blessures par centaines et des manifestations interdites. La bourgeoisie sait reconnaitre les siens.

L’explication est pourtant simple: les nationalistes n’inventent pas ces bobards pour le plaisir. Ils les inventent, et décident d’y croire, car ils en ont fondamentalement besoin pour justifier leur position et leur action. Leur violence raciste et sexiste, leur défense acharnée du capitalisme français et de l’impérialisme colonial, ne peuvent passer pour des postures « anti-système » qu’en distordant profondément la réalité. Pour refuser de voir Zemmour et Dieudonné partager un repas ou Soral sympathiser avec les sionistes Gilles-William Goldnadel** et San Giorgio, il faut que tout cela soit un complot. Pour refuser d’assumer pleinement le fascisme et sa violence, il faut que les antifascistes soient manipulés par le système***. Sinon, tout s’écroule. Le « dissident » apparait pour ce qu’il est vraiment, c’est à dire un défenseur de la barbarie, prêt à toutes les lâchetés et toutes les trahisons pour ne pas perdre sa place sociale. Le mensonge permet de couvrir le juteux business de la subversion, ses ventes de t-shirts et de mugs, ses conférences de rebelles sur sofas. Mais comme disait l’autre, les faits sont têtus… Le retournement accusatoire est une stratégie limitée.

Les mêmes qui appellent à égorger les antifascistes et gazer les « métèques » jouent aux victimes quand une vitrine est cassée; ceux qui appellent à une répression totale de nos mouvements s’étonnent que nous combattions leur liberté à diffuser des mensonges révisionnistes ou racistes.

Qu’ils continuent de rager, qu’ils se créent des ulcères. Pour notre part, nous savons où nous sommes, qui marche avec nous, et pourquoi nous combattons. Mains propres et esprits clairs, nous avançons.

D.

* L’extrême droite sioniste, elle, ne s’y trompe pas, ressortant exactement les mêmes arguments que les soraliens! « Casseurs, bolchéviques, antifrançais », etc, c’est la foire: http://latlantiste.blogspot.fr/2014/02/fascisme-rouge-et-haine-anti-francaise.html#more

Quant à la LDJ, elle a publié un appel à combattre les antifascistes. Encore une fois, antisémites soraliens et sionistes racistes se retrouvent ensemble. Tout est dit!

** http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article501

*** La citation de Churchill (personnage ayant d’ailleurs longtemps défendu Mussolini et Franco) qui dirait que « les fascistes de demain s’appelleront antifascistes » est d’ailleurs fausse, et n’apparait dans aucun de ses textes ou discours. Cela n’empêche pas les fafs de l’employer à tort et à travers. Encore un enfumage.

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3 commentaires pour Le camp du mensonge

  1. A reblogué ceci sur Acteur et instrumentet a ajouté:
    Bon rappel sur les mensonges de la « dissidence » par Feu de prairie.

  2. Dam San dit :

    Aujourd’hui on voit très bien qui pratique le mensonge et la censure, qui refuse de dialoguer. Tu fais quoi avec quelqu’un qui prétend défendre le bien, combattre le mal, et qui en est tellement convaincu qu’il considère qu’il n’a pas à respecter la loi? C’est pas très convaincant ça.

    Combattre le mensonge par le mensonge ne mène nulle part. C’est reculer pour mieux sauter. Car il y aura toujours un moment où les victimes du mensonge viendront demander des comptes.

    La seule attitude constructive sur le long terme c’est d’accepter le dialogue et de convaincre loyalement. Il n’y a pas de cause juste qui soit défendue de façon déloyale…

    • feudeprairie dit :

      Il n’y a surtout pas de « bien » et de « mal » absolus dans une perspective scientifique. Par contre, il y a une alternative entre progrès et réaction, entre capitalisme et révolution, entre changement radical et retour en arrière brutal. Il faut faire des choix, s’engager.
      Dans cette optique, le mensonge est inacceptable.

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