Au sujet de l’antisémitisme moderne

Faye Schulman

Vous êtes en soirée, au taff, à la fac ou en famille, et on vous somme encore une fois de choisir votre camp: « …Et toi, t’es pour Valls ou pour Dieudonné? » Alors, t’es pour le PS ou pour les quenelles? T’es conspi ou franc-maçon? Tu préfères dire que les roms sont des sous-hommes ou que les juifs contrôlent les médias? Plutôt Pepsi ou Cola?

Cette scène, on l’a tous vécu, et elle nous saoule. Comme on en a marre de voir tous ces électeurs du PS ou de l’UMP se croire subversifs en soutenant Dieudonné (« hihi trop ouf j’ai mis une quenelle au système sioniste! »), comme on en peut plus de voir ces proclamés antifascistes se mettre à la remorque de l’État, ces gens qui pensent que tous les « musulmans de banlieue » (comprendre: les prolos issus de l’immigration) seraient des fans inconditionnels de Dieudonné…

Alors, on doit assumer le combat et voir les choses en face. L’antisémitisme n’est pas un « racisme comme les autres ». Il n’y a d’ailleurs pas deux racismes identiques. L’antisémitisme est un racisme de la classe moyenne flippant de perdre ses privilèges. De bons français biens cultivés, qui, après avoir considérés les juifs comme des « français intégrés » alliés avec eux contre les immigrés, les rejettent. Parce que pour eux, le constat de l’effondrement du système ne doit pas remettre en cause leur place privilégiée. La petite bourgeoisie doit survivre et pour cela il lui faut un bouc émissaire: hors de question de faire feu sur les patrons français, si il y a une élite aux commandes, elle ne peut être que fondamentalement différente d’eux, et donc intouchable. Double avantage: l’ennemi lointain ne peut pas être combattu, et sa nature toute-puissante fait de ceux qui le combattent des résistants héroïques.

Voilà donc l’antisémitisme qui revient à ses fondamentaux, jamais vraiment abandonnés: dans cet imaginaire « le » juif (puisqu’il représente une « communauté organisée ») est à l’image de l’argent, du capitalisme « déréglé » (pas le « bon capitalisme productif » des patrons français donc), de la spéculation, il est intouchable, incompréhensible et omnipotent. Le juif devient alors un oriental accusable de tous les maux: sous prétexte de liberté d’expression, on dresse des listes de noms, de journalistes, d’écrivains… Peu importe que les BHL, Zemmour et autres Attali (odieux bien sûr, comme tout les bourgeois qui assument leur domination de classe) ne risquent absolument rien, et que ce soient les juifs et juives des classes populaires qui soient visés, qui subissent le racisme au quotidien et qui soient poussés au communautarisme défensif.

Car l’antisémitisme n’est pas une théorie factuelle à partir de laquelle se construirait une politique raciste: c’est la justification des aspects les plus atroces du capitalisme pourrissant, de la division populaire et des peurs de la petit bourgeoisie finissante, allant jusqu’au pogrom. C’est pour justifier la nécessité de la violence de masse qu’on mobilise des arguments délirants, des faits divers, des accusations de crimes rituels, etc. Et ces théories suintent forcément dans les classes populaires.

Celles ci sont néanmoins surtout poussées à une autre forme de racisme, l’islamophobie: si le juif menace « par le haut » le capitaliste français qui peut alors se poser en victime et non en bourreau, le musulman lui, serait un barbare sanguinaire arrivant « par le bas ». Les fascistes jouent sur les deux tableaux, tentant d’encadrer une partie du peuple par l’antisémitisme, et une autre par l’islamophobie et donc le racisme anti-arabe. Le but à court terme, c’est de légitimer ce qui arrive en ce moment, c’est à dire la violence de groupes ou d’individus agressant des femmes voilées, des jeunes, des vieux, sur des critères racistes. Les brutes qui commettent ces actes deviennent donc de glorieux résistants qui ont compris que les victimes de l’exploitation impérialiste en Afrique, venant grossir les rangs du prolétariat en France, seraient une horde barbare venant violer leurs femmes et voler leur emploi. L’inversion accusatoire dans toute son horreur: le bourreau se fait passer pour une victime, et réciproquement.

Intéressant de constater que Dieudonné ou Valls, poussant chacun de leur côté au racisme et à la division des classes populaires, se posent tous les deux en rassembleurs républicains « anti-communautaristes ». Faire du business sur la haine, récupérer des électeurs ou vendre des mugs et des t-shirts, tout se légitime quand on s’invente des ennemis puissants… Le relativisme pourrit la société française, être « humoriste » permet tout, les appels au meurtre sont justifiés par la déconne et la liberté d’expression. Mais on s’en fout! Nous ne croyons pas à la matrice libérale, aux valeurs bourgeoises qui sont totalement partagées par les deux « camps » (sociaux-démocrates et complotistes/fascistes). La discussion est finie avec ceux qui ont choisi de véhiculer la division. Se prétendre « pro-palestinien » ou démocrate n’excuse rien. Nous ne sommes pas de ceux qui espèrent récupérer les complotistes se « trompant de colère » ou autre connerie opportuniste: il est temps de s’adresser à ceux et celles qui sont légitimement dégoutés et révoltés.

A l’heure où les condamnations commencent à tomber contre les camarades qui résistent à la montée de l’antisémitisme (à Tours, déjà, des amendes très lourdes pour « dégradations »; ailleurs, des gardes à vue, des menaces, des procès), nous refusons d’esquiver le combat, de nous taire pour ne « pas faire le jeu de l’État ». Non, les jeunes, les classes populaires ne sont pas de « la graine de fachos » ni des « moutons sionistes » – combattre le fascisme c’est aussi lutter contre un système pourrissant, contre le racisme d’État et les tendances social-démocrates n’ayant plus rien à proposer face à la barbarie. Une vraie solidarité s’impose.

Une seule solution, l’organisation de l’action antifasciste et l’autodéfense populaire !

Feu de Prairie

PS: Pour plus d’informations sur le sujet, vous pouvez lire les analyses de sites que nous mettons en lien, particulièrement le collectif Quartiers Libres, mais aussi le blog Luftmenschen, le blog Brasiers & Cerisiers…

fight_antisemitism

Cet article, publié dans Analyse, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Au sujet de l’antisémitisme moderne

  1. Pascal dit :

    Vive la Solidarité !!!

    Ce qui pose vraiment problème dans le syndrome Dieudo, c’est que l’état n’applique pas les sanctions, pour mieux diviser ou pourrir la situation à son avantage, Tafta, les ouvriers écrasés au profit de la finance sont oubliés de l’actu :p !!!

    Du coup taxer la liberté d’expression et l’humour comme causes des dérives ostracistes et misanthrope est proprement insensé, schizo, voire masochiste après s’être plaint de la censure d’état !!! C’est aussi se laisser manipuler par Valls !!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s