Old school Mandela

ANC

« Comme beaucoup d’autres, j’étais convaincu que le gouvernement avait l’intention de déclarer l’ANC [African National Congress] et le SAIC [South African Indian Congress] illégaux, exactement comme pour le Parti communiste [interdit dès 1950]. Il semblait inévitable que l’Etat essaie de nous mettre hors course en tant qu’organisation légale le plus tôt possible. Je suis donc allé à la direction nationale avec l’idée que nous devions élaborer un plan d’urgence en prévision d’une telle éventualité. J’ai dit que ce serait abdiquer nos responsabilités de dirigeants du peuple de ne pas le faire. On m’a demandé d’établir un tel plan, qui permettrait à l’organisation de travailler clandestinement. Cette stratégie a été connue sous le nom de Plan-Mandela ou, simplement, Plan-M. L’idée consistait à mettre sur pied un mécanisme d’organisation qui permettrait à l’ANC de prendre au plus haut niveau des décisions faciles à transmettre rapidement à l’organisation tout entière sans avoir besoin de réunion. En d’autres termes, cela permettrait à une organisation illégale de continuer à fonctionner et aux responsables sous l’effet d’une interdiction de continuer à diriger. Grâce au Plan-M, l’ANC pourrait recruter de nouveaux membres, réagir aux problèmes locaux et nationaux, et maintenir des contacts réguliers entre les membres et la direction clandestine.

J’ai tenu un certain nombre de réunions secrètes avec des membres de l’ANC et du SAIC sous le coup d’une interdiction ou non, afin de discuter des éléments du plan. J’y ai travaillé pendant plusieurs mois et j’ai mis au point un système assez général pour qu’il puisse s’adapter aux conditions locales sans entraver les initiatives individuelles mais tout en restant suffisamment détaillé pour faciliter l’ordre. La plus petite unité était la cellule qui, dans les townships urbains, comprenait en gros dix maisons d’une rue. Un délégué de cellule avait la responsabilité de chacune de ces unités. Si une rue comptait plus de dix maisons, un délégué de rue était responsable et les délégués des cellules le tenaient au courant. Un groupe de rues formait une zone dirigée par un délégué en chef qui était à son tour responsable du secrétariat de la branche locale de l’ANC. Le secrétariat était un sous-comité de la direction de la branche locale, et rendait compte au secrétaire provincial. Mon idée, c’était que chaque délégué de cellule et de rue devrait connaître chaque personne et chaque famille dans son secteur, et que les gens lui feraient confiance et qu’il saurait à qui faire confiance. Le délégué de cellule organisait des réunions, des cours de politique et encaissait les cotisations. Il était la cheville ouvrière du plan. Cette stratégie avait été créée à l’origine surtout pour les zones urbaines, mais on pouvait l’adapter à la campagne. Le plan a été accepté et immédiatement appliqué. On a incité les branches locales à commencer cette restructuration clandestine. Nombre d’entre elles l’ont adoptée tout de suite, mais certaines, dans les avant-postes les plus éloignés, ont pensé qu’il s’agissait d’une tentative de Johannesburg en vue de contrôler les régions.

L’ANC a introduit dans le plan un cours d’initiation à la politique, pour ses membres dans tout le pays. Il s’agissait de conférences destinées non seulement à éduquer mais aussi à maintenir la cohésion de l’organisation. Elles étaient données secrètement par les responsables des branches locales. Ceux qui y assistaient faisaient les mêmes conférences dans leurs communautés. Au début, elles n’étaient pas systématiques, mais après quelques mois on a mis au point un programme. Il y avait trois grands cours : « Le monde dans lequel nous vivons », « Comment nous sommes gouvernés » et « La nécessité du changement ». Dans le premier cours, nous discutions des différents types de systèmes politiques et économiques dans le monde et en Afrique du Sud. C’était un tour d’horizon du développement du capitalisme et du socialisme. Nous parlions, par exemple, de la façon dont les Noirs sud-africains étaient opprimés en tant que race et en tant que classe économique. Les conférenciers étaient pour la plupart sous le coup d’une interdiction et, moi-même, j’ai souvent donné des conférences le soir. Cette organisation avait l’avantage de permettre aux bannis de rester actifs et de maintenir les adhérents en contact avec ces responsables. Pendant ce temps, les membres de la direction sous le coup d’une interdiction se rencontraient souvent entre eux et organisaient des réunions avec les responsables en poste. L’ancienne et la nouvelle direction se coordonnaient très bien et la prise de décisions était collective comme auparavant. Parfois, on avait l’impression que rien n’avait changé sauf que nous devions nous retrouver clandestinement. »

Nelson Mandela, Long Walk to Freedom – Cité par le LUI

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