L’Etat et nous

occitaniaVoici un texte de nos camarades du blog occitan révolutionnaire Sheisau Sorelh au sujet de l’État français. L’article complet est disponible en lien.

Il y a des signes qui ne trompent pas, le sujet du BAC ES 2013 en est un.

« Que devons-nous à l’État » ?

Cette question, en apparence anodine, est en réalité lourde de sens. Déjà, nous pouvons remarquer quelle n’est pas neutre. « Devons nous quelque chose à l’État », par exemple, aurait eu un peu plus de neutralité, alors que cette question sous-entend que nous devons forcément quelque chose à l’État.

Ce qui apparaît dans cette question du BAC ES, c’est tout le poids de l’hégémonie idéologique bourgeoise sur l’ensemble de la société. Sheisau Sorelh ou le média frère Servir le Peuple menons un combat théorique sur le concept gramscien d’hégémonie culturelle et idéologique.

Aujourd’hui l’idéologie dominante est celle de la classe dominante bourgeoise, des capitalistes. Pour légitimer leur dictature, elle s’appuie sur deux choses  :

-La société politique, c’est à dire l’État et son appareil militaire (police, justice, prison, armée etc.)

-La société civile, c’est à dire tout ce qui véhicule l’idéologie dominante (école, fac, médias etc.)

Pour que ce système de domination perdure, il faut arriver à légitimer dans les masses la domination. Que les masses fassent leur ce système. Pour cela, il y a toute la propagande notamment autour de l’État comme entité neutre, au-dessus des citoyens, garant du bien-être, de l’équilibre, de l’unité. Rappelons que depuis les anciens Grecs, la hantise première des dominants c’est la fin de l’unité de la cité, qui amène à la guerre civile et à leur possible défaite.

Dans l’État français, toute l’idéologie dominante tourne donc autour de la République, notion sacrée, inviolable, intouchable, nécessairement bonne car elle émanerait de la volonté populaire. Une république paternaliste en somme : n’y a-t-il pas inscrit dans la constitution que la république est ‘sociale’ ?

Mais avec la crise, les limites du système capitaliste et la décadence de sa civilisation (bourgeoise) éclatent au grand jour, et les masques tombent.

Entendons par là que la question aurait très bien pu être : « Que devons à la République ?», ce qui est une question moins chargée de sens. Il n’en est rien et nous avons directement l’État (et son appareil), c’est à dire le rempart ultime de ce système.

Pour saisir le fond de cette question du BAC, il faut bien intégrer que l’État est toujours l’instrument d’une classe sociale, dans l’hexagone en 2013, c’est celui de la Bourgeoisie. Il ne peut en être autrement.

Ce sujet du BAC démontre une fois de plus que l’Éducation nationale est un instrument idéologique au service des classes dominantes. Son travail, et nous le savons tous, est de former de bons citoyens. Qu’est ce qu’est un bon citoyen ? C’est, depuis Rome, celui qui accepte la domination de l’État, qui en retour lui concède quelques droits. Dans la Rome antique, pour devenir citoyen il suffisait de renoncer à ses us et coutumes et de se fondre dans le grand corps impérial : après cela, un métèque pouvait devenir Empereur. L’école se place dans cette optique-là : éduquer à la soumission à l’autorité, Michel Foucault le faisait remarquer dans son célèbre Surveiller et Punir, l’architecture de l’école c’est celle de la caserne. Nous avons des classes d’âges, des heures fixes, le respect de l’autorité, des permissions (vacances), l’obligation d’y être, la forme même des bâtiments etc. Le service militaire obligatoire étant supprimé, l’école reste la seule institution, avec les médias et le poids des traditions (religieuses etc.), qui touche toute la jeunesse. D’ailleurs personne ne s’y trompe : les débats sur l’École sont un sujet qui revient très souvent. L’acceptation de cette institution para-militaire était en retour la promesse d’une hypothétique ascension sociale, d’une vie meilleure. Autant dire qu’en temps de crise générale du capitalisme, la carotte laisse entièrement la place au bâton.

Rien n’est donc neutre, ni les cours universitaires, ni les questions du BAC, ni les lois sur le respect des symboles de l’État. Car en dernier recours, la soumission à l’État, en tant qu’appareil militaire, sera le dernier rempart du parti de l’ordre.

Si nous devons aujourd’hui quelque chose à l’État, c’est justement cet ordre inique, odieux, cette dictature capitaliste qui montre avec la crise ses vrais habits. Nous pouvons parier que dans les années à venir le mythe de la démocratie, de la République pour tous etc. va se transformer en objet de culte pour l’État seul. À vrai dire, c’est déjà le cas…

Nous ne devons rien à l’État.

Sheisau Sorelh – suite en lien

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Un commentaire pour L’Etat et nous

  1. Monier Alain dit :

    Bonjour,
    Il y a des raisons de ne pas partager la disparition de L’Etat, et une mise sous tutelle par la « classe ouvriere » n’est qu’une vision qui n’a aucun repondant suffisant. Que l’Etat soit aux mains d’une oligarchie representant un systeme qui est dit capitalisme, aucune objection ,c’est la verite vrai, comme l’on dit couramment. Invoquer Foucault est une bonne chose dans la mesure ou il a demonte la machine ideologique de tout les Pouvoirs. Il a formalise ce qui paraissait a tout un chacun une evidence, pour autant un homme ouvert au reel par une prodigieuse intelligence, ne peut nous faire oublier que ce ne fut qu’un homme, donc sujet a contradiction. Sa prise de position pour la Republique Iranienne, ne le discredite pas bien sur ,mais pour autant cela sert a relativiser tout engagement des hommes geniaux.
    Badiou est cite dans un des textes mis en ligne dit aussi que « la verite est multiple » que le marxisme depuis Lenine est un marxisme de la guerre. » Et qu’il faut ecrire une nouvelle histoire de l’Etat »

    Rien n’a ete dit de pregnant sur la realite de l’Etat. Si l’on ne sait que son fondement repose sur le pouvoir d’une classe, rien ne permet de dire qu’une une nouvelle classe n’agira pas avec les memes pressions physiques, morales, economiques regissant le fonctionnement de l’Etat d’une maniere arbitraire, (on en a des exemples concrets) Le probleme ne se pose pas pour affirmer que le Seul vrai Peuple est legitime, mais plutot d’affirmer qu’un homme nouveau surgira de ce nouveau magma.. Les contradictions a ce titre de Marx, de Hengels, de Lenine sont innombrables. Marx a ete tente par la vision anarchiste. Lenine est passe de la suprematie de l’organisation politique, a l’apologie du Parti avec Staline comme conclusion. Cronstad est un referent du Leninisme, et cela me surprend toujours de faire valoir qu’il se lamentait de la bureaucratisation criminelle du futur Petit Pere du Peuple. Je pense que c’etait les Anarchistes qui etaient dans le Reel, pour autant la realisation concrete de leur vision tiendrait elle la route, cela parait irrealisable dans le monde qui nous porte. La Republique Irlandaise future se doit de reflechir profondement aux consequences de la Creation de l’Etat aujourd’hui, en reajustant courageusement tous les parametres mis a jour, ne pas se contenter de reciter un catechisme sans le dissequer, le depieuter, le reformaliser et en tirer une credibilite non contestable par ceux qui ont du bon sens. Cordialement Alain Monier

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