Émeute

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« Si l’émeute s’étend – C’est rien c’est rien
Et si c’est inquiétant – Ça va pas bien loin
Si tout est fermé et les rues et les voitures enflammées
Et que ta citoyenneté on en a rien à glander
Les gens des hall me comprennent, ceux d’en haut disent que je gêne
Ils disent qu’y a trop de haine qui coule dans mes veines
Un peuple héroïque face à un pouvoir égoïste
Un coup de gueule des sous classes de la République
C’est un champ de bataille sur les Champs Élysées… »

Passi – Émeutes

Dans une société en pleine décomposition, alors que les élites perdent l’initiative et n’ont plus rien à proposer, chaque jour amène de nouveaux scandales, et de nouvelles opportunités. L’actualité nourrit donc la réflexion pour préparer le futur et vérifier ou améliorer nos théories.
Et actuellement, les médias et le gouvernement se scandalisent des émeutes ayant eu lieu sur le Trocadéro à Paris. Plusieurs policiers blessés, une cérémonie retardée, des CRS débordés, des vitrines brisées… C’est le drame national et tout le monde tombe sur les « ultras », ou plus généralement les supporters, coupables tout désignés. Certains pseudo-médias progressistes hurlent avec les loups contre cette horde de sous-prolétaires dévastant tout, parfaite antithèse de la culture bourgeoise représentée par Paris. Et on fait parler les commentateurs de foot, les experts, les élus, de la gauche à la droite, sur toutes les chaines et sites, les blogs et les journaux… Le grand spectacle de l’emballement se répète et personne ne semble lasser. Il faut dire que comme à chaque fois, on met le paquet en augmentant d’un cran. « C’est inacceptable », il faut vite des propositions de loi répressives, des termes choc, de la « tolérance zéro » ou des « dénonciations claires » … Bref, au delà des étiquettes la bourgeoisie cherche l’union sacrée. L’heure est grave, les barbares sont aux portes de la cité!

Et puis, il y a les autres. Ceux qui s’intéressent plus à l’avis des concernés, et donc à la vie des classes populaires, parce qu’ils vivent dedans et n’arrivent pas à s’indigner à chaque vitrine brisée. Pas ou peu de médias pour eux. Il faut dire qu’ils sont peut être légitimes mais pas bankables: ils ne montrent pas patte blanche, refusant de défendre la sacro-sainte république en danger et sa culture bourgeoise. Et puis, viennent les questions: n’y a-t-il pas une culture de masse qu’on impose aux classes populaires à travers la téléréalité, le business du sport, les artistes subventionnés, les plateaux télés ou les personnalités des politiques? Cette culture, ne met elle pas en avant la défonce, la gagne, le fait d’être un « winner », le culte de la réussite par la thune et les sapes? Et en vendant ces attitudes de sous-Tony Montana, ces rêves dorés, ne crée elle pas mécaniquement une immense frustration? Si on rajoute à ça le tribalisme chauvin lié au foot (mais pas que), venté comme vertu…

En bref: quand on maintient des franges énormes de la population, issues du prolétariat ou du sous-prolétariat, dans la misère économique et culturelle, il faut s’attendre à un retour de bâton, un jour ou l’autre. Pas la peine de pleurer ou de s’indigner avec hypocrisie. Tous ces gens relégués en périphérie de la métropole, du grand centre impérialiste flambant, lui vouent bien sûr une haine tenace. Après, le foot n’est qu’un prétexte à la fête… ou à la révolte. Et il faut être bien idiot pour s’arrêter à la valeur obscurantiste ou moderniste des Qataris, ou aux délires des commentateurs. Les « ultras » les haïssent tous, d’ailleurs. Le camp du peuple, c’est celui des émeutiers, avec ses bons et ses mauvais côtés, et notamment ses limites évidentes, sa spontanéité, sa spécialisation, sa violence souvent aveugle (enfin bon, les uniformes et les magasins de luxe, on ne les pleurera pas).

Mais l’émeute finit à un moment et la rage retombe. C’est naturel et cela ne sert à rien de fantasmer une généralisation de ces moments. Ils l’amènent aucun changement social, seulement de la répression. Par contre, pendant quelques minutes ou quelques heures, ceux et celles qui n’ont rien et qui se sentent nombreux prennent un peu le contrôle de leurs vies en se heurtant aux limites des « libertés publiques » (exemple, se confronter aux forces de répression, se faire insulter, matraquer, gazer, tabasser, puis condamner pour « outrage », tout ça pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, pourrait faire réfléchir). Et puis pour d’autres, ça constitue un bon entrainement. Pour « la prochaine fois »…?

S.

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Un commentaire pour Émeute

  1. Geek and mode dit :

    hello, je voulais à te remercier pour la qualité des articles de ton blog ! J’entretient moi aussi un blog depuis peu et j’espère pouvoir faire aussi bien🙂 A bientôt, ZAK

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