La lutte ne s’arrête pas à la porte des prisons

george-jackson

Tout crime est le résultat, soit d’une simple oppression d’ordre économique, soit des répercussions psychosociales d’un système économique qui est périmé depuis un bon siècle. Conditions socioéconomiques objectives = activité productive ou antiproductive, déterminée dans tous les cas par le système économique, les méthodes d’organisation économique, le maintien de cette organisation contre les forces progressistes qui cherchent à
la changer.
Même la maladie psychologique de l’individu qui commet un crime de sang est imputable à la maladie de la société.
Il faut atteindre les prisonniers et leur faire comprendre qu’ils sont les victimes d’une injustice sociale. C’est la tâche que je me suis fixée, travailler de l’intérieur (tant que j’y serai je suis convaincu que la guerre ne rime à rien si on la mène sur un terrain tenu par la bourgeoisie).
La classe prisonnière devient, de par sa puissance numérique et ses conditions de vie, un gigantesque réservoir de potentiel révolutionnaire. Travaillant seuls à l’intérieur d’une société cerclée de fer, les gens comme moi ont peu de chances de pouvoir libérer ce
potentiel.
Cela fait partie des fonctions du « Mouvement des prisons ». Dire : « La population de l’Etat de … contre John Doe », est une aberration tout aussi évidente qu’un coup monté à des fins
clairement politiques ; cela revient à dire : « Le peuple contre le peuple. » L’homme contre luimême.
Le « Mouvement des prisons » a un autre but politique important. Il fait prendre conscience à la classe dirigeante de notre détermination à lutter jusqu’à la mort pour notre droit économique à prendre en mains les moyens de production. La détention ne peut pas circonscrire notre mouvement.
Le mouvement du 7 août, et toutes les actions réelles, ou tentatives, incitent les gardiens à punir plus facilement de mort ce type de manifestation. Ils tentent également de s’infiltrer partout où se révèle la conscience révolutionnaire, à tous les niveaux de la lutte, au niveau le plus élevé, les points de production, ainsi qu’aux niveaux inférieurs.
Pour nous le but reste le même : créer une infrastructure capable d’accueillir une armée du peuple. Personne parmi nous ne devrait ignorer que la révolution est agressive par définition et que le fait de présenter aux tenants du système des réclamations – qu’ils ne peuvent pas ou ne veulent pas satisfaire – peut, à la limite, nous entraîner dans un affrontement
violent avec le système.
Voici venues les dernières années du capitalisme, et, à mesure que nous avançons dans nos activités contre l’Establishment, nous prenons conscience de cet enseignement de l’Histoire : lorsque le prestige d’un système tombe, la transformation de ce système est précédée d’une ère de violence. Nous pouvons limiter l’étendue de la violence en mobilisant le plus possible de partisans à tous les niveaux de la vie socioéconomique, mais si l’on considère la mainmise de la classe dirigeante sur les apolitiques en général et son expérience historique de la violence, on est automatiquement amené à penser que la révolution passera par le désordre, peut être même par la guerre civile.
Ni l’un ni l’autre ne m’effraie car il n’y a rien de bon dans le capital monopoliste, rien à gagner, il doit être détruit sans aucune réserve.
Tant qu’il menace au dessus de nos têtes, il ne peut être considéré que comme un ennemi qui nous laisse dans l’oubli après nous avoir utilisés comme ses serviteurs. Il doit être détruit totalement, pas rejeté, pas simplement transformé, mais détruit, complètement, définitivement, implacablement et sans rémission – il faut en finir le plus rapidement possible !

George Jackson – Vers le front uni, 1971

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