La Commune de Paris: le débat sur l’Etat et le Pouvoir

la commune graff

Un texte très intéressant de nos camarades occitans du blog Sheisau Sorelh (sixième soleil) qui présente le point de vue communiste-révolutionnaire sur cette question, en étudiant une expérience historique d’une importance majeure pour notre mouvement. L’article intégrale est disponible en cliquant sur l’image (bravo à l’Action Antifasciste Paris-Banlieue pour celle ci). Tous les membres de notre collectif ne partagent pas nécessairement ces positions car le débat reste vif, bien sûr!

Ces quelques réflexions sont dédiées aux milliers de Communards massacrés par l’ignoble République.

 »Ont-ils jamais vu une révolution, ces messieurs ? Une révolution est certainement la chose la plus autoritaire qui soit; c’est l’acte par lequel une partie de la population impose sa volonté à l’autre au moyen de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s’il en est; et le parti victorieux, s’il ne veut pas avoir combattu en vain, doit maintenir son pouvoir par la peur que ses armes inspirent aux réactionnaires. La Commune de Paris aurait-elle duré un seul jour, si elle ne s’était pas servie de cette autorité du peuple armé face aux bourgeois ? Ne peut-on, au contraire, lui reprocher de ne pas s’en être servi assez largement ? Donc, de deux choses l’une : ou les antiautoritaires ne savent pas ce qu’ils disent, et, dans ce cas, ils ne sèment que la confusion; ou bien, ils le savent et, dans ce cas, ils trahissent le mouvement du prolétariat. Dans un cas comme dans l’autre, ils servent la réaction. » F.Engels.

Aujourd’hui 18 mars 2013 nous fêtons les 142 ans de la déclaration de la Commune de Paris, fait majeur dans l’histoire révolutionnaire : c’est en effet la première tentative de gouvernement ouvrier de l’histoire. Cette tentative sera impitoyablement réprimée par la toute jeune IIIe République bourgeoise : plus de 20.000 morts, le prolétariat Parisien sera décimé. D’autres Communes voient le jour notamment à Marseille, où l’ignoble Thiers « s’exercera » sur le prolétariat marseillais avant d’écraser ses frère parisiens. Comme témoignage, nous avons la célèbre chanson en occitan « O libertat », que nous vous mettons en lien. Cet hymne du poète plébéien marseillais Victor Gélu sera chanté les ultimes instants de la résistance dans la préfecture de Marseille aux mains des Communards. Jules Ferry le ‘grand homme de gauche’ sera du côté des Versaillais, nom donné aux gouvernement de la réaction. Nous ne décrirons pas ici l’histoire des glorieux 100 jours de la Commune, vous trouverez ces jours-ci des articles historiques complets sur le web. Nous désirons nous arrêter sur la question qu’elle a soulevé et que, 142 ans après, le mouvement révolutionnaire n’a toujours pas élucidé, celle de la question du pouvoir et de l’État.

Durant la Commune, Karl Marx s’aperçoit en pratique des limites de l’action des révolutionnaires. Nous citerons ici Lénine, citant lui-même K. Marx dans un classique du léninisme,  »L’État et la révolution ».

 « La Commune fut composée des conseillers municipaux, élus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils étaient responsables et révocables à tout moment. La majorité de ses membres étaient naturellement des ouvriers ou des représentants reconnus de la classe ouvrière. »

« Au lieu de continuer d’être l’instrument du gouvernement central, la police fut immédiatement dépouillée de ses attributs politiques et transformée en un instrument de la Commune, responsable et à tout instant révocable. Il en fut de même pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l’administration. Depuis les membres de la Commune jusqu’au bas de l’échelle, la fonction publique devait être assurée pour des salaires d’ouvriers. Les bénéfices d’usage et les indemnités de représentation des hauts dignitaires de l’État disparurent avec ces hauts dignitaires eux-mêmes… Une fois abolies l’armée permanente et la police, instruments du pouvoir matériel de l’ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l’outil spirituel de l’oppression, le « pouvoir des prêtres »… Les fonctionnaires de la justice furent dépouillés de leur feinte indépendance… ils devaient être électifs, responsables et révocables. »

Ainsi, la Commune semblait avoir remplacé la machine d’État brisée en instituant une démocratie « simplement » plus complète : suppression de l’armée permanente, électivité et révocabilité de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en réalité, ce « simplement » représente une œuvre gigantesque : le remplacement d’institutions par d’autres foncièrement différentes. C’est là justement un cas de « transformation de la quantité en qualité » : réalisée de cette façon, aussi pleinement et aussi méthodiquement qu’il est possible de le concevoir, la démocratie, de bourgeoise, devient prolétarienne; d’État (=pouvoir spécial destiné à mater une classe déterminée), elle se transforme en quelque chose qui n’est plus, à proprement parler, un État.

Mater la bourgeoisie et briser sa résistance n’en reste pas moins une nécessité. Cette nécessité s’imposait particulièrement à la Commune, et l’une des causes de sa défaite est qu’elle ne l’a pas fait avec assez de résolution. Mais ici, l’organisme de répression est la majorité de la population et non plus la minorité, ainsi qu’avait toujours été le cas au temps de l’esclavage comme au temps du servage et de l’esclavage salarié. Or, du moment que c’est la majorité du peuple qui mate elle-même ses oppresseurs, il n’est plus besoin d’un « pouvoir spécial » de répression ! C’est en ce sens que l’État commence à s’éteindre. Au lieu d’institutions spéciales d’une minorité privilégiée (fonctionnaires privilégiés, chefs de l’armée permanente), la majorité elle-même peut s’acquitter directement de ces tâches; et plus les fonctions du pouvoir d’État sont exercées par l’ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient nécessaire. »

Sheisau Sorelh – La suite en lien…

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2 commentaires pour La Commune de Paris: le débat sur l’Etat et le Pouvoir

  1. travailleurindustriel dit :

    Reblogged this on Action, Pensée et Liberté.

  2. Ping : La Commune, Paris, 1871 – Graffiti | Fragment de Tags

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