Les viols en Inde – Patriarcat et lutte des classes

dont rape

Le viol est en Inde une réalité pour beaucoup de femmes, en particulier parmi les castes les plus basses et les classes les plus opprimées de la population du sous-continent. Des voix progressistes s’élèvent contre cette barbarie. Voici un article très intéressant d’une organisation étudiante communiste, la Democratic Student’s Union, qui analyse les racines de ce problème et la ligne politique à lui opposer. Nous pensons qu’il est important d’évoquer cela un 8 mars pour participer à la diffusion d’un féminisme de classe, international et combatif. La traduction a été faite par l’OCML Voie Prolétarienne. Comme d’habitude l’article intégral est disponible en lien.

Les femmes sont la moitié du ciel ! ni la peine de mort, ni la police, ni une session parlementaire extraordinaire ne viendront à bout du patriarcat : seule la transformation révolutionnaire de la société le renversera !

Il y a environ un mois qu’à New Delhi s’est produit le viol collectif d’une jeune femme de 23 ans dans un bus. Cet évènement, qui constitue une offense sans précédent, a spontanément révolté et mobilisé la population qui a marché jusqu’au Jantar Mantar pour exiger la punition des coupables. La colère contre le gouvernement a pris des proportions inédites si bien que l’État a dû fermer tous les métros menant à India Gate, détourner la circulation et déployer des milliers de policiers pour contrôler les manifestations populaires.
Même si les manifestants sont régulièrement soumis à la répression à coup de matraques, canons à eau etc., cette répression a échoué à les stopper dans l’expression de leur désaccord.
Cette agression a aussi ouvert le débat sur la sécurité pour les femmes et sur les lois contre la violence. Elle est bien sûr abominable et doit être condamnée, mais les faits nous amènent à poser plusieurs questions : est ce que le viol est le produit d’une culture de western ainsi que la droite le prétend ? Est-ce que la punition des violeurs par peine de mort va dissuader tous les violeurs d’agir ? Est-ce que les femmes seront davantage en sécurité dans une société sous haute surveillance, accroissement de la police et lois rigoureuses ? Ou bien encore, s’agit-il, comme les médias et le gouvernement voudraient nous le faire croire, d’un cas exceptionnel de viol brutal ?

Le viol de ND n’est pas une exception : deux mois plus tôt, en octobre 2012 , il y a eu des manifestations à Haryana parce que la moyenne de viols atteignait 60 par mois, donnant l’impression d’une subite détérioration de la situation des femmes. Quel choc et quelle consternation lorsque les leaders sont venus en masse de Sonia à Brinda et Haryana lorsque les incidents de Hissar et Jind ont été connus. Les medias ont aussi amplifié cela durant une semaine. Mais une observation plus rigoureuse des faits nous prouve que la situation n’a jamais été réellement meilleure. L’impact du viol de Haryana n’a rien d’exceptionnel et Haryana ne peut être brandi comme exceptionnel. Depuis 2006, à l’exception d’une année, la moyenne des viols à Haryana dépasse 50 par mois. Alors que à Haryana la moyenne des viols est de 6.11 elle est de 9.7 Madyah Pradesh et de 7.6 à Delhi ; ainsi Haryana arrive en 10ème position, MP en 4ème et D en 7ème.
Les États atteignant les plus hauts scores sont Mizoram, Tripura et Assam. Mais ces chiffres témoignent avant tout d’un meilleur recensement des cas de violence. Plus la société est patriarcale, plus grande est la stigmatisation des femmes violées, et moins les femmes oseront porter plainte. Ainsi, la plupart des viols ne sont-ils jamais déclarés et les États qui en déclarent un faible nombre doivent-ils être considérés à la lumière de cette réalité.

D’un autre côté, les classes dirigeantes exploitent ces faits pour s’armer davantage.
En effet on nous dit que nos lois ne sont pas suffisamment répressives et que c’est parce que la peine de mort n’est pas appliquée aux violeurs, que le viol atteint de telles proportions. Mais au-delà des réactions fortes et rhétoriques, si l’on y regarde de plus près, la peine de mort n’a eu d’incidence effective sur le taux de criminalité nulle part au monde. La peine capitale est une forme barbare de condamnation qui a été abolie dans nombre de pays et qui n’est maintenue que par les régimes les plus répressifs. Elle donne aux États la légitimité de tuer et est invariablement utilisée comme une tactique répressive pour réprimer les soulèvements populaires. Cette forme inhumaine de sanction n’a jamais réduit la criminalité dans aucun pays, mais au contraire a fortifié la violence et accru le pouvoir répressif des classes dominantes. En Inde également il existe des mobilisations de courants progressistes démocratiques pour abolir la peine de mort, mais la droite et les classes dominantes défendent son application.
Ainsi Sushma Swarai peut-il défendre la candidature de Modi- responsable et organisateur de centaines de viols de femmes musulmanes à Gujarat, au poste de Premier Ministre, et d’une même voix demander une session extraordinaire du Parlement pour la condamnation à mort des violeurs. Les brigades des fascistes qui accomplissent impunément des carnages, massacres, pogroms, viols, attentats, sont les meilleurs avocats de la peine de mort. Ils défendent la peine de mort, de la castration des violeurs, de leur lapidation publique, de toutes formes de punitions féodales qui rendent la société plus répressive et fortifient le patriarcat.

Un autre argument qui a été défendu non seulement par la droite mais aussi par des forces qui se disent progressistes, consiste à demander un accroissement des forces de police et de sécurité afin de diminuer le nombre de viols. La question de la sécurité des femmes est en soi un problème, mais l’assurer ne signifie pas s’affronter au patriarcat. De plus, l’argument d’assurer la sécurité des femmes en accroissant les forces de police et de sécurité s’écroule lorsque l’on constate la forte participation de ces dernières aux viols, crimes, actes de violence sexuelle dans le pays. Les milliers de viols au Cashemire, Nord-Est, et plus récemment dans les Etats de Jharkhand, Chhattisgat, Odisha Bengal Maharashtra, nous démontrent amplement que le viol est utilisé comme arme de guerre par l’État indien. Les acteurs en sont des soldats de ce régime oppressif, et augmenter leur nombre ne contribuera en rien à la sécurité des femmes.
Les classes dominantes et le pouvoir blâment les victimes elles-mêmes, et s’efforcent de limiter la liberté et la mobilité des femmes sous prétexte de réduire le nombre de viols.

Democratic Student’s Union – Traduction de l’OCML VP

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