Bataillon de la Mort

batallon de la muerte

Un intéressant article du site « L’Histoire est mon comptoir » au sujet d’une unité antifasciste italienne ayant servi dans le camp républicain pendant la guerre d’Espagne. Connaitre l’histoire de nos mouvements, c’est aussi se souvenir de tous ceux et de toutes celles qui ont combattu et parfois donné leurs vies pour un même idéal.

Le « batallon de la muerte » ou la « Centuria Malatesta » est une unité anarchiste de la guerre civile espagnole composée de volontaires italiens. Sa discipline apparente et l’uniformité de sa tenue, tranche nettement avec l’allure bigarrée des autres formations anarchistes ou anarcho-syndicalistes (CNT-FAI-FIJL) de la même époque.
Son défilé lors d’un enterrement publique à Barcelone le 3 mars 1937 impressionna grandement la population ainsi que les responsables anarchistes comme Garcia Oliver. Ce dernier rapporte que la vue du « batallon de la muerte » lui fit immédiatement penser à un groupe de chemises noires de l’Italie fasciste paradant dans les rues. G.Oliver n’avait pas complètement tort dans le sens où les volontaires anarchistes italiens étaient vêtus d’uniformes italiens (pantalon et vareuse) sous lesquels ils portaient des pulls à cols roulés noirs.
En plus de souligner que les volontaires italiens défilaient comme une unité militaire régulière, Garcia Oliver fait aussi état de leurs courtes bottes noires, et des longs poignards qui pendaient aux ceinturons. Dernière remarque du dirigeant de la CNT, le drapeau, aux couleurs de la république espagnole mais frappée d’un immense sigle (celui des mineurs des Asturies de l’insurrection de 1934), portait « UHP » pour UNION HERMANOS PROLETARIOS, soit Union des Frères Prolétaires. Ce n’est pas ce dernier détails qui dut étonner l’anarchiste qui était à l’époque ministre du gouvernement bourgeois de la république espagnole! Ajoutons d’ailleurs que le bataillon italien avait été financé par le gouvernement républicain. En outre l’unité faisait flotter un immense étendard noir, frappé d’une tête de mort au-dessus de deux tibias croisés. A ce propos, les membres du « batallon de la muerte » portaient sur la poitrine ainsi que sur de larges bérets noirs, un insigne métallique à tête de mort et tibias croisés.
Certains en ont déduit que l’unité anarchiste italienne avait récupéré un lot d’insignes d’un ancien régiment de l’armée espagnol, le Regimiento de Caballería Ligero Acorazado « Lusitania » n.º 8. Dans la matinée du dimanche 2 Août 1936, au début de la guerre civile donc, la caserne de ce régiment de cavalerie légère cantonné à la Paseo de la Alameda (Valence), fut envahie par les miliciens antifascistes, appuyés par les gardes d’assaut, et le régiment disparut en tant que tel. Il semble plus probable que ce furent les membres d’une autre unité anarchiste (espagnole celle-ci) qui récupéra l’insigne emblématique de ce vieux régiment espagnol. Il s’agit de la colonne du commandant Perea ( du nom de son « commandant » ou délégué général, Juan Perea Capulino). Cette unité a été formée à Valence avec des membres de la CNT, et elle est par la suite devenue un régiment qui s’est battu sur le front de Madrid avant de former la 5ème Division de l’armée de Levant (Valence).
Pour comprendre l’origine de l’insigne du « batallon de la muerte », il faut nécessairement se replonger dans l’histoire de l’antifascisme italien des années 1921/1922 et de la composante violente de ce mouvement, à savoir les Arditi del Popolo. Ses membres, anciens combattants de la 1ere guerre mondiale, et des unités d’élite italiennes (Arditi) se refusaient contrairement à la plupart de leurs comparses, à servir de nervis des patrons et se constituèrent en une organisation d’auto-défense ouvrière qui affrontaient les fascistes dans la rue, à coups de poings, à coups de feu et… à coups de poignard, celui des corps à corps dans les tranchées, qui renvoyait au glaive romain, dans un camp comme dans l’autre. C’est dans l’héritage des Arditi del Popolo que le « batallon de la muerte » a puisé et non ailleurs. Le « style » très italien de leur tenue en est la preuve la plus éclatante. Plusieurs de ses membres, exilés en France étaient d’ailleurs des anciens membres des Arditi del Popolo qui furent en quelque sorte la première organisation antifasciste du monde.
Le « batallon de la muerte » passa quelques mois à l’instruction dans un château de Santa Perpetua, près de Barcelone avant de rejoindre la Colonne Ascaso (CNT). Entré dans Almudevarn le bataillon participa à la bataille et Montalban, et à l’assaut de l’ermitage de Santa Quiterial, où il fut purement et simplement annihilé. Les survivants furent définitivement incorporés à la Colonne Ascaso, quand d’autres, blessés ou écœurés rentrèrent en France. On  a souvent dit ou écrit que cette unité fut commandée par l’anarchiste italien Camillo Berneri, ce qui est tout à fait inexact. En effet, cet intellectuel libertaire qui fut éliminé par les staliniens après mai 1937, était sourd…

L’Histoire est mon comptoir

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