Petit lexique de l’extrême droite

blog good night white pride graff

Si vous lisez régulièrement des blogs, forums de discussions ou commentaires d’articles dans les médias, vous avez surement remarqué que beaucoup de débats sont saturés de propos droitards, nationalistes ou réacs; ceux ci emploient toujours à peu près les mêmes ressorts, qui méritent qu’on passe un peu de temps à les démystifier. Vous en avez marre de lire à longueur de temps la même prose impersonnelle sur « la gauche bobo bien-pensante », « l’islamisation de notre pays en cours », ou « le FN qui n’est pas si mal que ça » et autres conneries? Cet article pourrait vous intéresser. Tout d’abord, il est important de préciser que cette avalanche de commentaires orientés à l’extrême droite que l’on subit depuis plusieurs années n’est pas le fruit du hasard ni le reflet d’un « bon sens populaire profond ». C’est en fait une stratégie murement réfléchie, théorisée par certains sites comme Fdesouche, consistant à pourrir chaque espace de discussion pour laisser penser que les idées de la haine sont hégémoniques. Il y a derrière ce flot de messages tous identiques un certain nombre de militants fafs, se faisant en général passer pour « des gens ordinaires ». Ce n’est pas très difficile à démontrer: d’une part, il suffit de comparer les adresses IPs (quand on y a accès) pour s’apercevoir que ces posteurs utilisent de nombreuses fausses identités. Un journal que l’on ne citera pas l’a fait récemment pour humilier les commentateurs fafs, et ça a très bien marché. D’autre part, la vie nous pousse parfois malheureusement à rencontrer de tels individus qui n’ont rien de mieux à faire que de sabrer « l’assistanat » et le « manque de valeurs »… en passant leurs journées sur internet. Bref, pour commencer une désintoxication salutaire, voici une première partie de notre petit lexique de la dialectique droitarde sur internet.

Banques: On commence avec du lourd. En effet le droitard n’a qu’un mot à la bouche quand il s’agit de problèmes économiques: les banques! Ou la finance, pour lui c’est pareil. Tous les problèmes économiques viennent de là. Bien sûr, c’est extrêmement pratique. La récupération d’un discours « de gauche » est ici flagrante, associée aux vieux fantasmes de la droite nationale. La finance (forcément apatride) est opposée au bon capitalisme du gentil patronat français qu’il faut défendre. Toute politique anticapitaliste devient donc une trahison de celui ci au profit des banques. Et tout gauchiste est accusé d’être un « idiot utile de la finance ». Car attaquer les banques, qu’est ce que cela signifie? Rien, bien sûr. C’est du pur populisme. Pour nous, il est évident que si on « arrive au pouvoir », les banques perdront leur raison même d’exister; nous n’en faisons donc pas tout un flan et nous nous concentrons donc sur l’exploitation que nous subissons. Pour le droitard, la banque est un excellent épouvantail. Il ne met rien de concret derrière ces mots et s’en sert comme d’une caution anti-libérale sensée légitimer son discours social. Car combattre les banques peut toujours être repoussé à plus tard, et sonne bien dans un discours: personne ne s’en inquiète vraiment… Surtout pas les banques elles mêmes. Cela permet de ne soutenir aucun mouvement social, de ne jamais participer à aucune lutte.  Mais la banque n’est pas une tare de la libre-entreprise et du petit commerce: elle en est une conséquence. Prétendre attaquer le premier sans attaquer le second est un mensonge populiste.

Bien-pensance: Terme général censé qualifier (pour simplifier) la pensée des « riches oligarques de gauche » méprisant « le petit peuple patriote ». Aussi appelée angélisme, pensée unique, etc. Quand on parle de mots vides de sens… Dans le fantasme développé par les droites, les notions de classes sociales sont déformées et corrompues pour tenter de les faire coller à un imaginaire nationaliste. Car même à droite on ne peut nier les inégalités sociales. Alors, on tente de les inverser. Non, l’antiracisme et l’égalitarisme ne sont pas un « nouveau totalitarisme » imposé par les élites: au contraire, ce sont des valeurs portées par les classes populaires contre la bourgeoisie (appelons les choses par leur nom). Zemmour ou Soral ne sont pas de courageux chroniqueurs allant à « contre courant » de la pensée unique, ce sont des bourgeois squattant les plateaux télés comme leurs potes encartés à l’UMP ou au PS. Ils se répondent et participent à la même confusion anti-politique. Les vrais idiots utiles sont donc les droitards qui défendent une faction de la bourgeoisie contre une autre… Le chauvinisme, le racisme, les valeurs élitistes poussant au cannibalisme social, infectent les classes dirigeantes et représentent par contre véritablement une pensée hégémonique. Les divisions sur des questions sociétales ne doivent pas faire oublier l’accord de tous sur les fondements économiques et politiques du système. Montebourg ou Valls ne remettent pas plus en cause que Zemmour les mythes républicains…

Bobos: Toute personne supposée de pratiquer cette « pensée unique » (comprendre: refuser les idées du FN, en gros) est étiquetée bobo. Le bobo est un habitant des quartiers bourgeois, se voulant alternatif et « de gauche » et sensé participer à une certaine décadence sociale selon les droites. Si toute une partie de la gauche bourgeoise a adopté ce mode de vie et contribue à gentrifier les quartiers populaires, il n’y a pas de quoi fantasmer dessus. Cela doit pousser à adopter une analyse de classe. Or dans les commentaires fafs on trouve généralement des assimilations délirantes du type « les bobos antifas », etc, visant à décrédibiliser toute contestation de leur politique en mélangeant tout. Quand on connait les origines sociales (souvent très populaires) des militants antifascistes et leur rejet des (véritables) bobos, il y aurait de quoi rire. Notons par contre l’intéressant développement d’un « boboïsme de droite » si l’on peut dire, avec toute une série de commerces « militants » pour les classes moyennes se rêvant prolos patriotes et n’étant que riches réacs. Quand on voit les prix délirants affichés pour la participation au « soirées nationalistes » ou les galas au champagne du FN, on sait au moins de quel côté les classes populaires ne sont pas.

Fascisme: Pour les droites, ce terme est employé à tout va pour désigner, au choix, le « fascisme rouge » des communistes, le « fascisme vert » des musulmans, etc. Bref, il ne signifie rien. Il ne sera bien sûr jamais appliqué au FN qui comporte pourtant historiquement un certain nombre de critères clairement fascistes et dont une partie des militants se revendique encore de cette idéologie. Tout aussi fourbe est l’inversion consistant à faire passer les néofascistes pour des « résistants » et les antifascistes pour des « collabos modernes » d’une soi-disant invasion. On peut donc assister à des scènes amusantes où des guerriers du net se revendiquant explicitement pétainistes traitent des progressistes de « collabos ». De quoi, de qui, ça,peu importe pour eux: les mots n’ont pas besoin d’être expliqués, les preuves s’inventent et les rôles s’inversent, pour que la confusion demeure. Le but: faire oublier qu’historiquement l’extrême droite a toujours été du côté du patronat, des flics et de la répression, contre tout mouvement social.

FN: Parti donc aucun commentateur droitard n’avoue être membre mais que tous vont défendre sur le mode classique du « …ils ne sont peut être pas corrects sur tout mais c’est facile de les attaquer quand même, ils ne disent pas que des conneries, etc ». Variante: « …je ne suis pas au FN mais je pense voter pour eux, y en a marre, aujourd’hui j’ai cru voir un arabe dans la rue, blablabla minarets dans mon village blablabla excision ». En fait, parti bourgeois et fasciste ayant récemment tenté de camoufler son ultra-libéralisme reaganien des années 90 sous un vernis « social ».  Et certains y croient.

Gauche: Mal absolu pour les droitards. Un militant du PS peut très bien être accusé de défendre les khmers rouges. Alors, si vous êtes révolutionnaires, là c’est le grand Satan. Aucune distinction n’est faite entre les révolutionnaires et la « gauche » bourgeoise d’ailleurs, pour tenter de mélanger les deux (pourtant bien plus éloignés que le FN ne l’est de l’UMP) et ainsi de les décrédibiliser. Le « gauchiste » est nécessairement un drogué totalitariste, un hippie branleur mais ultra-violent, un libéral et un bolchévique, un anti-militariste et un terroriste surarmé, un sioniste et un islamiste, un intolérant féministe et pro-LGBT… Rien n’est trop gros, aucun cliché ne semble trop absurde au droitard qui y croit sans doute vraiment. En creux cela permet de mettre en valeur les propos d’une droite qui « oserait dire les choses » et incarnerait des valeurs (le travail, la famille, la patrie, vous connaissez…). Le débat sociétal tiré vers le bas permet encore une fois d’esquiver les vraies questions relatives aux oppressions, au pouvoir politique et au modèle économique choisi.

Patronat:  Attention, là, on a droit à un grand exercice d’équilibriste. D’un côté, il y a le patron de multinational. On ne sait pas qui c’est mais il vit surement aux USA (ou en Israël pour les plus atteints des droitards), il se prélasse dans les liasses de billets et liquide les entreprises à la pelle. Oui, les clichés les plus médiocres du socialisme du 19° siècle représentent le summum de l’analyse de la droite radicale… Son but: importer massivement des hordes d’immigrés pour détruire les nations, et il est bien sûr appuyé en cela par une alliance socialo-libéralo-communisto-islamo-sionisto-féministe qui ricane en imaginant des drapeaux tricolores souillés. J’exagère à peine, on trouve vraiment ce genre de prose. Si ça vous rappelle les années 30 et les campagnes d’abrutissement généralisé de la propagande fasciste, c’est normal. Ce patronat est le « vilain » de l’histoire, il est facile à combattre puisqu’on ne le voit jamais et qu’on ne sait pas trop qui c’est (les baaaaanques!). Bref. De l’autre côté, il y a le gentil patronat français, assailli d’impôts, au bord de la dépression à cause d’un droit du travail trop rigide, qui produit de bonnes marchandises « terroirs » ou s’occupe de services « dans l’intérêt commun ». Contre lui, il ne faut surtout pas dénoncer ses conditions de travail, manifester ou se mettre en grève, ce serait un crime contre la nation. Bon évidemment cette vision binaire ne tient pas dès qu’on s’intéresse à l’organisation des entreprises françaises (industrie automobile, chaines de magasins, etc). Encore un moyen de dire aux salarié(e)s de fermer leur gueule et de travailler plus, en somme.

Voilà, la suite une prochaine fois surement, en attendant, ne perdez pas trop votre temps à répondre aux trolls de droite sur internet, ils n’en valent pas la peine et tournent avec dix concepts usés jusqu’à la corde. Le difficile retour au réel risque d’être pour eux plutôt douloureux…

D.

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11 commentaires pour Petit lexique de l’extrême droite

  1. Oui, on voit bien comment les extremes endroités essaie de semer la confusion dans les esprits , c une des caractéristiques de la droite extreme à l’heure actuelle ^^

  2. L dit :

    Et puis il y a Asselineau et son UPR qui ratissent tellement large que c’en est usant de voir des « gens ni de droite ni de gauche » fustiger l’Europe qui prive la France de son pouvoir tout en te disant que le fascisme est mort depuis 45 et donc que les antifas sont des policiers de la pensée unique, blablabla…

  3. l0b0t0mie dit :

    ça ressemble beaucoup à une critique contre les conspirationnistes ce texte, mais c’est normal, c’est très souvent les mêmes… (oui le complot juif touça…)

  4. Ping : La connerie du jour : « Moi je parle avec tout le monde » | Brasiers et Cerisiers

  5. Salut, merci pour le com sur notre article qui aborde un peu le même sujet.
    Des idées pour la suite du lexique:
    « Peuple », « Révolution », « Résistance », « Le Système »…

    • feudeprairie dit :

      En effet, pas mal du tout, nous les ajoutons à notre liste à traiter. On avait également pensé à « mondialisme », « islamisation », « antifa »… Pour les classiques.
      D. pour FdP

  6. Ping : Si lepen est un porc et que la liberté d’expression s’arrete aux truies…une bien belle polémique branchouille | nidieuxnimaitrenpoitou

  7. Massimo dit :

    sur le meme sujet ,texte demontant la propagande soralienne : http://soralpourlesnuls.blogspot.mx/

  8. L'épicène dit :

    Bonjour, le lien dans le com précédent (Massimo) est un article pro-soral.

  9. L'épicène dit :

    Ah, oui. En lisant plus de trois mots ça devient assez évident. Buen…

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