Indonésie 1965: un génocide préventif

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Tout le monde a déjà entendu parler des Khmers rouges. Ce régime représente dans l’imaginaire collectif des sociétés modernes la « barbarie communiste », tout comme la Corée du Nord. Il n’est pas question de s’interroger sur la nature du régime installé au Cambodge, ni de débattre de son idéologie (il fut pourtant bien éloigné des idées communistes, étant extrêmement droitier, raciste et nationaliste, et combattant… les communistes voisins). La référence à ces deux expériences est devenant un argument massue censé isoler et décrédibiliser toute pensée critique. Tu remets en cause les bienfaits de la société capitaliste? Alors, tu as les millions de morts du « Kampuchéa démocratique » sur les bras, voilà! On ne compte plus les usages de ce totalitarisme intellectuel. Il est l’aboutissement de la pensée libérale adaptée aux démocraties impérialistes en phase terminale. Tout le monde peut donner son avis: mais si celui ci sort du lot, si il n’est ni béat ni réactionnaire, il sera mécaniquement anéanti par les références horribles qui lui seront collées. Alain Badiou en a notamment fait les frais…

Pourtant, qui se souvient des évènements ayant agité l’Asie du Sud-Est une décennie à peine avant les Khmers rouges…? En Indonésie, un auto-génocide équivalent dans ses dimensions a eu lieu. Les chiffres sont impossibles à connaitre. On estime ses victimes à un voire deux millions… Mais ce crime absolu a une particularité. Il a été favorisé et soutenu par les pays occidentaux, notamment par les USA, puis acclamé par la presse. Car les victimes étaient communistes, ou supposées telles. Et dans leur croisade menée contre la « subversion », les « démocraties » capitalistes ne prennent pas de pincettes. Ces crimes ne doivent jamais être oubliés. Nous publions donc  ici un texte tiré du journal Partisan qui évoque ces évènements. Il est disponible en entier en cliquant sur l’image, comme toujours.

Le Parti Communiste d’indonésie (PKI) comptait 3,5 millions de membres et une quinzaine de millions de sympathisants. Il était par la taille le 3ème parti communiste au monde. En 1965, la répression, couverte par l’occident et en particulier par les USA, fit entre 500 000 et 2 millions de morts. Mais comment en est-on arrivé là ?

L’Indonésie est une ancienne colonie néerlandaise. 87 % de la population est musulmane. Pendant la 2ème guerre mondiale, le Japon occupe l’Indonésie. Les Japonais sont d’abord accueillis comme des libérateurs car ils promettent l’indépendance. Rapidement, ils remplacent les colons hollandais et sont rejetés. L’indépendance est déclarée par Sukarno en 1945. Mais la guerre d’indépendance continuera jusqu’au 27 décembre 1949. Comme après beaucoup de guerres, l’économie est en ruine. Sukarno renforce son pouvoir intérieur. Il cherche la confrontation avec la Malaisie. Critiqué par l’occident, il se rapproche de plus en plus de l’URSS et de la Chine. Le PKI qui a, deux fois déjà, été anéanti par la répression (en 1926 et en 1948), se présente en 1955 aux élections et obtient 16 % des voix. Il a trois ministres dans un gouvernement qui en compte quatre-vingt .

[…]

Nous sommes à l’époque dans la guerre froide. Les USA, déjà empêtrés au Viet-Nam, ont peur qu’un second front s’ouvre en Indonésie. Le PKI est haï par les autres mouvements politiques, notamment le mouvement islamiste. La CIA établit des listes de noms de communistes, des “infidèles” à l’islam, des “sans dieu” réfractaires à l’un des cinq principes du Pancasila (constitution) édicté en 1945. Il manque un détonateur pour éliminer le PKI. Il est trouvé le 1er octobre 1965. Six généraux appartenant à l’aile droite du haut commandement militaire ont été assassinés à Djakarta. Le général anti-communiste Suharto, commandant de l’armée, en attribua faussement la responsabilité à des militaires proches du PKI. Il fait pression sur Sukarno et « obtient » la mission de maintenir l’ordre à Djakarta.

Le général lance les répressions anticommunistes. Les listes de la CIA vont servir : arrestations de masse et exécutions sommaires concernent, dans les deux années 1965 et 1966, plusieurs millions de personnes. Les évaluations précises sont difficiles à établir puisque le tout s’accomplit en dehors du système judiciaire, sous le contrôle de l’armée, qui arme des milices, celles de la Ligue Musulmane en particulier. Dans d’autres régions ce sont des chrétiens qui s’en prennent aux communistes. Des villages sont brulés, les hommes torturés, abattus, les femmes et les fillettes violées et tuées. 1 ou 2 millions de personnes sont exécutées, et de 5 à 7 millions incarcérées, pour des périodes rarement inférieures à 10 ans et pour certaines pour toute la longue durée du pouvoir suhartiste, jusqu’au printemps 1999. Un décret en septembre 1966 « bannissant le communisme » est voté par l’Assemblée Nationale à la botte de Suharto.

Noam Chomsky, faisant une compilation de la presse américaine de l’époque, en ressort ce texte : « L’événement suscita pourtant une orgie d’euphorie. Pour décrire le « stupéfiant massacre de masse », le New York Times parla d’une « coulée de lumière en Asie » et félicita Washington d’être resté discret pour ne pas embarrasser les « modérés indonésiens » qui purifiaient leur société et s’apprêtaient à recevoir une généreuse aide américaine ; c’est « la meilleure nouvelle depuis des années pour l’Occident en Asie ».

Partisan

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