Le réveil approche

blog révolution

Un article intéressant du journal de gauche keynésienne « Rue89 ». Intéressant, pourquoi? Nous n’avons pas pour habitude sur Feu de Prairie de faire la publicité de journaux ou de médias portant des perspectives politiques clairement divergentes des nôtres. Et ici, l’interview de Thomas Piketty se situe bien dans une perspective réformiste, social-démocrate. Néanmoins il y a quelques éléments pertinents à piocher dans son propos. Ne serait-ce que le fait de voir de tels réformistes « redécouvrir » la lutte des classes, qui n’a jamais cessé d’exister… C’est un signe des temps. L’analyse de Piketty met en valeur les inégalités croissantes dans notre société, opposées à une certaine vision de l’histoire de France (laisser entendre que les guerres mondiales, largement dues aux appétits des bourgeoisies nationales impérialistes, ont été une catastrophe pour elles, il fallait oser: dans un cadre de crise de surproduction, cette destruction horrible de millions de vies humaines – de force de travail, donc – et de capital, a au contraire permis au capitalisme de se développer et de se sauver temporairement!). Par contre sa stratégie visant à pousser à gauche le PS avec de bonnes vieilles mesures keynésiennes a de quoi faire sourire par son décalage total avec les nécessités imposées par la situation actuelle. Les partis gestionnaires ne peuvent être améliorés, ni de l’extérieur ni de l’intérieur: ils accompagneront l’effondrement du système économique et tenteront de le sauver par tous les moyens. Ce qu’il faut, c’est constituer un front radical et autonome de tous ces réformistes, qui assume la lutte idéologique et politique pour la libération totale.

D. Pour Feu de Prairie (l’article intégral publié par Rue89 est disponible en cliquant sur l’image, comme d’habitude)

Historien, économiste, professeur à l’école d’économie de Paris, Thomas Piketty travaille sur les questions de répartition de revenus, des inégalités et de la fiscalité. Il est l’auteur des « Hauts revenus en France au XXe siècle » et coauteur de « Pour une révolution fiscale ».

Rue89 : Vous dites que la lutte des classes n’est pas morte. On va vous accuser de réveiller une vieille guerre dépassée…

Thomas Piketty : J’essaie de comprendre ce qui a vraiment changé dans la structure des classes sociales – et ce n’est pas un gros mot, « classes sociales » – depuis le XIXe siècle, qui est un peu le point de départ du capitalisme industriel et des grands traumatismes en matière d’inégalités.

On a aujourd’hui une structure de classes qui est tout de même un peu plus méritocratique, plus fondée sur la liberté individuelle et la justice que sur la filiation. Mais, par rapport à l’immense espoir méritocratique sur lequel sont fondées nos sociétés démocratiques, les transformations ont été plus limitées qu’on ne l’imagine souvent.

Et surtout, on assiste aujourd’hui à une vraie régression. Les privilèges de naissance et le patrimoine viennent concurrencer le capital humain, le mérite. C’est un type d’inégalité violent, que l’on croyait avoir dépassé. Je pense possible un retour des structures de classes plus proches du XIXe siècle que de celles des Trente Glorieuses.

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