Piazza Fontana – Histoire d’un massacre

Piazza Fontana

Vous cherchez  un bon plan cinéma? Nous vous conseillons fortement Piazza Fontana – Romanzo di una Strage, le dernier film du réalisateur italien Marco Tullio Giordana. C’est assurément un excellent film, intelligent et hautement politique. Libé en résume ainsi rapidement l’intrigue sur un de ses blogs: « Le 12 décembre 1969, dans une Italie secouée par de violents mouvements de contestation sociale, l’explosion d’une bombe à la Banque nationale d’agriculture, piazza Fontana à Milan, fait 16 morts et près de 90 blessés. L’enquête est en partie confiée à Luigi Calabresi, présenté comme un modèle de flic intègre. Il arrête pêle-mêle des militants d’extrême gauche et des anarchistes.

Parmi eux, Giuseppe Pinelli, un activiste non violent. Durant un interrogatoire auquel ne participait pas Calabresi, Pinelli tombe par la fenêtre, meurt quatre étages plus bas. La préfecture présente ce geste comme un suicide valant aveu de culpabilité. Calabresi, lui, a de sérieux doutes et décide d’enquêter dans son coin. Ces événements, outre le sujet de Mort accidentelle d’un anarchiste, de Dario Fo, marquent le point de départ des «années de plomb», abondamment traitées au cinéma et dans lesquelles l’Italie s’enfoncera durant vingt ans. »

La police part donc immédiatement sur la piste anarchiste, une piste bancale mais satisfaisante pour les autorités; et c’est dans ce contexte qu’est « suicidé » le cheminot libertaire Pinelli (joué par Pierfranco Favino, acteur culte que l’on a déjà vu en flic fasciste dans ACAB). Pourtant cela ne colle pas, et l’enquête se poursuit et s’embourbe, entravée par de multiples pressions… jusqu’aux meurtres. Aujourd’hui, il n’y a toujours pas de coupable officiel à l’attentat.

Mais ce film met surtout en valeur l’importance du rôle des réseaux « stay-behind » de l’OTAN dans le déclenchement des « années de plomb » en Italie. Ces réseaux mêlent alors néofascistes convaincus, anticommunistes de l’OTAN, services du gouvernement italien… Leurs modèles sont l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar et, bien sûr, la Grèce des colonels. Ils ont une obsession commune: la lutte contre le communisme par tous les moyens. Mieux vaut alors une bonne dictature qu’une démocratie « rouge ». Ils se préparent à empêcher la mise en place d’un gouvernement qui leur déplairait en étant trop pro-soviétique et ce, par la corruption, le terrorisme ou le coup d’état militaire. On voit ainsi apparaitre la véritable nature des franges les plus conservatrices et paranoïaques des régimes parlementaires. Et en creux, celle des néofascistes: l’extrême droite leur sert de mercenaires, ou d’idiots utiles. Des organisations internationales comme l’Aginter Press servent de couvertures aux barbouzeries. Cela est particulièrement intéressant car de tels réseaux ont existé en France avec par exemple la Rose des vents. Les gaullistes étaient d’ailleurs prêts dans les années 60 à parquer les opposants dans des stades en cas de « subversion » de l’ordre social, comme le révèlent des plans rendus publics bien plus tard… Sympathique!

La gauche révolutionnaire, avec en tête l’organisation communiste Lotta Continua (30 000 membres à l’époque, quand même) ne pardonnera jamais ses mensonges et ses crimes à la justice bourgeoise. Les années suivantes seront marquées par une grande violence politique, culminant avec un autre crime néofasciste: l’attentat de la gare de Bologne, en 1980. L’histoire se répète tristement.

En somme, n’hésitez pas à aller voir ce film; en plus d’être agréablement joué et bien réalisé, il constitue un exposé magistral de la nature profonde des régimes occidentaux et du rôle de l’extrême droite. Après deux décennies de compromis démocratique suivant la seconde guerre mondiale, ces systèmes apparaissent pour ce qu’ils sont vraiment, c’est à dire la domination d’une classe sur une autre par tous les moyens. Aujourd’hui, leurs victimes ne sont toujours pas vengées… Le meilleur hommage que l’on puisse leur rendre est de continuer leur lutte, jusqu’à la victoire.

D.

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2 commentaires pour Piazza Fontana – Histoire d’un massacre

  1. Servir le Peuple dit :

    Ouais enfin, apparemment le film fait un peu vite du mec un héros au prétexte qu’il n’était pas dans la pièce au moment de la défenestration… C’est un peu comme un Aussaresses qui dirait « excusez-moi je vais pisser »… Il faut quand même rappeler que Lotta Continua, justement, fera justice quelques années plus tard : Calabresi sera abattu en 1972.

    • feudeprairie dit :

      Tout à fait, c’est une limite du film qui tombe dans la classique dérive « bon flic vs mauvaise hiérarchie »; tu fais bien de la préciser.
      Après la vie (et l’avis) de ce personnage sont finalement un prétexte à l’enquête dans le film. Pour nous, la véritable justice en Italie se trouvait alors du côté des organisations révolutionnaires, dont LC. Il faut prendre les flics honnêtes pour ce qu’ils sont: des gens se cherchant souvent un prétexte pour éviter la justice populaire. Mais à partir du moment où l’homme passe l’uniforme…

      D. pour FdP

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