Un autre monde

Le capitalisme est une sangsue ayant une ventouse appliquée sur le prolétariat de la métropole et une autre sur le prolétariat des colonies. Si l’on veut tuer la bête, on doit couper les deux ventouses à la fois. Si l’on n’en coupe qu’une, l’autre continuera à sucer le sang du prolétariat; la bête continuera à vivre et la ventouse coupée repoussera. La Révolution russe l’a bien compris. C’est Pourquoi elle ne s’est pas contentée de faire de beaux discours platoniques et de voter des motions humanitaires en faveur des peuples opprimés, mais elle leur apprend à lutter. Elle les aide moralement et matériellement, comme écrit Lénine dans sa thèse coloniale. Elle les a convoqués au Congrès de Bakou, où vingt et une nationalités d’Orient ont envoyé leurs délégués.
Des représentants des partis ouvriers d’Occident ont participé au Congrès. C’était la première fois dans l’histoire que le prolétariat des pays conquérants et celui des pays conquis se sont donné fraternellement la main et, ensemble, ont cherché le moyen de combattre efficacement le capitalisme, leur ennemi commun. Après ce congrès historique, et malgré les difficultés intérieures et extérieures qui l’assaillaient, la Russie révolutionnaire n’a jamais hésité à venir en aide à ces peuples que déjà – par l’exemple de son héroïque et victorieuse révolution elle avait tirés de la léthargie. Son premier geste fut la création de l’Université d’Orient.
Cette Université compte aujourd’hui 1.025 étudiants dont 151 jeunes filles. De ces étudiants, 895 sont communistes. Leur condition sociale est la suivante : 547 paysans, 265 ouvriers, 210 intellectuels. Il y a, en outre, 75 étudiants pupilles, âgés de 10 à 16 ans. 50 professeurs sont chargés de donner des cours de science sociale, de mathématiques, de matérialisme historique, d’histoire du mouvement ouvrier, de sciences naturelles, d’histoire des révolutions, d’économie politique, etc., etc. Dans la salle d’études, les jeunes gens de soixante deux nationalités se coudoient fraternellement.
L’Université possède dix grandes maisons au service de ses élèves. Elle possède aussi un cinéma, qui est à la disposition gratuite des étudiants le jeudi et le dimanche, et loué à un entrepreneur les autres jours de la semaine.
Deux bibliothèques, avec 47 mille volumes, permettent aux jeunes révolutionnaires d’approfondir leurs recherches et d’alimenter leur pensée. Chaque nationalité ou « groupe » possède sa bibliothèque privée, avec livres et journaux dans sa langue maternelle.
Artistement décorée par les étudiants, la salle de lecture est remplie de quotidiens et de revues. Les étudiants eux mêmes font paraître un journal « à exemplaire unique » qui est affiché sur un large panneau à la sortie de la salle de lecture.

[…]

Les 100 hectares de terre attribués à ces colonies sont cultivés par les étudiants, qui. pendant les vacances et après leurs heures de travail et d’exercice, vont aider les
paysans.
Disons, en passant, qu’une de ces colonies était la propriété du grand duc. Il est tout à fait curieux de voir le drapeau rouge flotter fièrement sur la tourelle décorée de la couronne grand-ducale, et des petits paysans coréens ou arméniens causer et jouer irrévérencieusement dans la salle d’honneur de « Son Altesse Impériale ».

[…]

Les 62 nationalités représentées à l’Université forment une « Commune ». Le président et les fonctionnaires de la Commune sont élus tous les trois mois au suffrage universel. Un étudiant délégué prend part à la gestion économique et administrative. A tour de rôle, tous les étudiants doivent travailler à la cuisine, à la bibliothèque, au club, etc. Tous les « délits » et différends sont jugés par un tribunal élu et en présence de tous les camarades.
La Commune se réunit une fois par semaine pour discuter la situation politique et économique internationale. De temps en temps, on organise des meetings et des soirées récréatives, où les artistes improvisés vous font goûter l’art et la littérature des contrées lointaines, les plus diverses.
Un fait caractéristique entre tous, et qui illustre la « barbarie » des bolcheviks: non seulement ils traitent ces coloniaux «inférieurs » en frères, mais encore ils les invitent à participer à la vie politique de la Russie. Aux élections soviétiques, les étudiants, qui, dans leur pays d’origine, sont des «sujets », des « protégés », c’est à dire qu’ils n’ont d’autre droit que celui de payer, qui n’ont pas voix au chapitre dans les affaires de leur propre pays, et à qui il n’est pas permis de parler de politique, participent au suffrage populaire et envoient leurs délégués siéger aux Soviets.
Que mes frères des colonies, qui s’usent à quémander en vain la naturalisation, fassent la comparaison entre la démocratie bourgeoise et la démocratie ouvrière !
Tous ces étudiants ont souffert et ont vu souffrir. Tous ont vécu sous la « civilisation supérieure » et sous l’exploitation et l’oppression du capitalisme étranger.

Ho Chi Minh –  Le réveil des esclaves (1925)

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