Pour une autre approche de l’anticapitalisme

S’intéresser à l’économie à l’heure actuelle peut provoquer un choc.
Le premier sentiment quand on on suit une conférence, un cours, ou qu’on lit un article ou un livre à ce sujet, est une sorte d’incompréhension dramatique. Non pas que les gens des classes populaires ne comprennent pas l’économie. C’est l’économie moderne qui ne les comprend pas. Ou plutôt, qui à trop vouloir en faire un objet d’étude pour ses architectes urbains, ses chercheurs en sociologie répressive et ses penseurs libéraux, a perdu de vue les réalités fondamentales. Le bien être des peuples n’est pas une variable d’ajustement. Et pourtant, ils le pensent.

Dans la crise structurelle (c’est à dire, due à la nature même du système, et non à des conditions historiques temporaires) à laquelle la bourgeoisie mondiale fait  face actuellement, et particulièrement en Europe, une production d’analyses économiques sans précédent à lieu. Elles n’ont bien sur rien d’objectif puisqu’elles cherchent logiquement à légitimer des théories: pertinence du modèle libéral, retour à l’état keynésien interventionniste (prôné par les partis du genre « front de gauche » par exemple) ou recherche des méthodes « miracles » pour sortir de la crise. Cette surproduction, qui maquille plus ou moins l’effondrement du système économique capitaliste (appelons un chat un chat), a une conséquence perverse sur notre « camp » politique: elle conduit à l’économisme.

Vous avez surement tous déjà lu sur internet ou sur un tract les analyses de ce genre, particulièrement affectionnées par les syndicats (ce qui est logique), ou par les associations et partis du style ATTAC, NPA, LO, etc (ce qui est par contre signe d’une faiblesse idéologique). Certains groupes politiques en font même leur unique angle d’attaque, niant l’importance de la culture, de l’idéologie, de l’organisation. C’est désastreux. Nous avons dès le début choisi de notre côté de limiter les articles d’analyse économique. Déjà parce que pour la vulgarisation, d’autres le font bien mieux que nous (Tantquil.net notamment). Et ensuite parce que ce n’est pas notre priorité. Nous voulons nous démarquer de toute cette vieille gauche qui ne sait parler que de traités européens, de compétitivité, de protectionnisme, et de mesures économiques réformistes en décalage complet avec notre époque (votre « interdiction des licenciements », vous la préférez à quelle sauce?). Le bateau du capitalisme sombre et notre but n’est définitivement pas de le gérer à la place des actuelles classes dirigeantes. Nous voulons évoquer les luttes réelles de la classe, partout dans le monde, pour contribuer à bâtir les organisations qui renverseront ce système. Cela passe par une culture positive et offensive tournée vers le futur, surement pas par des litanies de chiffre ou des analyses conspirationnistes. Nous comprenons bien la haine que tant de gens vouent aux marchés financiers, partie émergée de l’iceberg qui concentre les rancœurs de par son côté particulièrement absurde. Agences de notations juges et parties, mimétisme des marchés aberrant, « acceptabilité sociale » déterminant la possibilité de réduire les droits basiques des peuples sans subir de contre-coup… Le système bancaire est un ennemi tout désigné. Mais il n’est qu’un appendice du capitalisme, système plus complexe et plus complet, barbare dans sa logique même, trop souvent ménagé par les keynésiens au profit d’une lutte contre ses « dérives ».

Voilà pour les priorités concernant le camp dit anticapitaliste. Mais il reste pourtant des apologues ventant les louanges du modèle libéral. Celui ci serait un garant de la liberté humaine, injustement brimée par les états « interventionnistes » (pourtant organiquement liés à la bourgeoisie industrielle et financière, mais bon).

Liberté! Nos adversaires n’ont que ce mot là à la bouche. Il est important d’y réfléchir un peu pour éviter de tomber dans le piège qu’on nous ressort constamment. Regardez comment sont traités les adversaires même modérés des plans d’austérité affamants actuellement les peuples, dans les médias de masse: si vous êtes contre le modèle capitaliste/libéral, vous devenez un ennemi de la liberté, un bolchévique, et en cinq minutes on vous colle sur le dos les fameux crimes-du-communisme. Vous ne voulez pas être tenu pour responsable d’une liste allant d’un type mort de vieillesse en Moldavie en 1967 jusqu’aux camps de la mort khmers rouges, non? Pire encore, on peut vous accuser de défendre insidieusement un retour au « modèle soviétique » où les gens faisaient la queue devant les magasins. Brrr… Voilà comment décrédibiliser brutalement toute opposition.

Mais quelle est donc cette liberté si chérie des idéologues du système? C’est assez simple: celle d’entreprendre et de dépenser. Vous êtes en effet libre en France de monter une entreprise, de créer une chaine de télévision, d’acheter un avion, de gérer une banque… C’est génial, non?  De cette liberté économique découle quelques libertés « syndicales » ou sociales minimes permettant d’éviter l’explosion: retraites, droits d’organisation, justice parfois. Évidemment, ceux ci disparaissent petit à petit avec l’effondrement de « l’état social », laissant rapidement place à des conflits de classe de plus en plus violents.

Nous sommes opposés à ces « libertés ». Nous pensons qu’elles sont une illusion, car valables seulement pour les classes dominantes. A nous la liberté d’aller au travail, la liberté de payer ses factures, la liberté de consommer de la merde, la liberté de choisir une fois tous les cinq ans entre quelques candidats ne proposant aucun changement sérieux. Cela, nous n’en voulons pas. Nos libertés sont différentes: liberté de pouvoir voyager, liberté d’avoir pleinement accès au savoir sans payer pour tout, liberté d’être logé, liberté de se nourrir, d’être soignés. Ces droits fondamentaux, supprimés des constitutions ou bafoués, ne sont ils pas les plus importants pourtant? Qui plus est ils pourraient être accessibles. Mais cela n’a rien de « rentable ». Il faudra se battre pour ne pas être entrainés dans la chute de ce monde… Et pour en bâtir un autre.

Alors oui, contre le capitalisme, bien sûr. Mais si nous sommes « anti », nous sommes surtout « pour » la société future, communiste.

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2 commentaires pour Pour une autre approche de l’anticapitalisme

  1. Automôme dit :

    C’est tiré de quel site ? Ou écrit par qui ?

    • feudeprairie dit :

      C’est de nous; mais ce n’est pas précisé en effet, merci de le faire remarquer. Quand nous publions des textes écrits par d’autre ont cite par contre systématiquement la source.

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