Au sujet de la prostitution

Nous reproduisons ici le texte d’un militant paru dans le journal Partisan, au sujet de la prostitution en France. Il apporte des éléments intéressants au débat sur la question, dans lequel certain(e)s comme la direction du STRASS (syndicat du travail sexuel) défendent la position selon laquelle la prostitution est un choix. Idée reprise également par les libéraux…

Affirmer que la prostitution est un choix, et qu’il faut la défendre en tant que métier, est une erreur. Car c’est oublier d’aborder la question sous l’angle de la lutte de classe et de l’emprise de l’idéologie patriarcale et de l’aliénation.

Du point de vue de la lutte de classe d’abord. Les mouvements pro-prostitution sont dirigés par la frange supérieure, on peut dire petite-bourgeoise, des prostitué-e-s : ce sont les « aristocrates de la prostitution », celles et ceux dont les conditions de travail sont les plus supportables, qui gagnent le mieux leur vie, souvent à leur compte. Or cette prostitution est anecdotique. Nous devons voir les choses sous l’angle de la lutte de classe. Et sous cet angle, on constate que l’immense majorité des prostituées sont des prolétaires sur-exploitées, quotidiennement battues, violées par les clients et les proxénètes. Chez les prostitué-e-s comme ailleurs, nous nous plaçons du côté des plus opprimés !

La marchandisation du corps est inséparable du patriarcat et du sexisme, et c’est cette idéologie qui historiquement, en est à l’origine. En Mésopotamie antique, les femmes stériles devenaient les prostituées sacrées de la déesse de la fertilité ; si on ne pouvait ni se marier ni enfanter, si une femme ne pouvait rentrer dans son rôle de femme-mère sous la domination d’un mari, le seul moyen de trouver une place dans le société était la prostitution. L’acte sexuel est censé renforcer la fertilité du client… En Grèce, les prostitué-e-s sont le plus souvent des esclaves. A partir de cette époque, la prostitution sera assumée comme nécessaire à la bonne cohésion de la société patriarcale. On attribue à Démosthène ces paroles : « Nous avons les courtisanes en vue du plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers, les épouses pour qu’elles nous donnent des enfants légitimes et soient les gardiennes fidèles de notre intérieur. » Alors que parallèlement, les relations sexuelles hors mariage entre personnes libres sont très sévèrement punis, parfois de mort.

La prostitution a toujours le même rôle dans l’Occident chrétien. Thomas d’Aquin (13e siècle), philosophe chrétien de référence, a dit à peu près la même chose : « Elle [la prostitution] est nécessaire à la société comme les toilettes à la maison : cela sent mauvais, mais sans elles, c’est partout dans la maison que cela sentirait mauvais. ». Tout est dit : la prostitution existe parce qu’elle vient au secours de la famille patriarcale menacée par l’amour libre ! Ces femmes sont sacrifiées pour le bien de l’ordre public réactionnaire. Voilà l’origine et la raison d’être de la prostitution. Dire que la prostitution est un choix, c’est nier qu’elle n’existe que par une idéologie patriarcale.

« La prostitution, c’est un métier » : et alors ? Un métier n’existe que dans une société donnée, dans le cadre d’un mode de production, d’une idéologie : il n’y a pas de métier éternel. Ce n’est pas parce qu’il existe qu’un métier est utile socialement. Après la révolution, certains métiers qui existent aujourd’hui devront être supprimés, parallèlement à une réorganisation socialiste de l’économie : fini les centrales nucléaires, les banques, les fabriques d’armes… Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas défendre aujourd’hui les prolétaires qui travaillent dans ces secteurs. Mais il faut être clair, nous défendons les ouvriers, pas leur métier. Pour les prostituées, c’est pareil.

Peut-être que certaines prostituées ont réussi à se persuader qu’elles se libèrent de la prostitution masculine, mais ce n’est pas vrai : il y a la domination du client, qui achète l’acte sexuel dans une démarche patriarcale qui considère le corps comme une marchandise, un objet. Si on se prostitue, c’est pour vivre, il y a au moins la contrainte de la subsistance. La domination est donc là, qu’ils/elles le veuillent ou non : elle n’est peut-être pas individuelle, mais elle est au moins sociale. Alors certes, on trouvera toujours des prostituées qui affirment aimer leurs métier…comme on trouve des ouvriers contents d’êtres exploités, des immigrés qui approuvent qu’on expulse des sans-papiers, des femmes qui adorent être femme au foyer, etc. Cela s’appelle l’aliénation, aliénation par l’idéologie patriarcale ! Et le rôle des révolutionnaires, c’est de la combattre.

Autre signe du caractère fondamentalement patriarcale de la prostitution. La très grande majorité des prostitué(e)s (90%) sont des femmes. Parmi la minorité d’hommes, une grande partie est destinée à une clientèle homosexuelle ; à 99%, la prostitution est donc destinée à une clientèle masculine.

Nous sommes contre la marchandisation toujours plus poussée de nos vies, alors comment peut-on accepter la marchandisation des corps, de la sexualité ? Dire que la prostitution est un moyen de se libérer, que c’est un métier justifié, c’est simplement dire que les prostitués doivent accepter ce que la société a fait d’elles. Un acte sexuel n’est pas émancipateur en soi. Ce qui émancipe, c’est une sexualité complètement choisie, assumée, qui sert à donner et à se donner du plaisir et de l’amour. Dans une société communiste, la prostitution n’aura plus lieu d’être ; à la fois parce que des femmes et des hommes n’auront plus à vendre leur corps pour vivre, parce que comme tous les exploiteurs les proxénètes auront disparu, mais surtout parce qu’il n’y aura plus de client pour penser que le corps de quelqu’un s’achète, c’est à dire plus de patriarcat ! Nous sommes féministes révolutionnaires. Car, comme l’ont bien montré Alexandra Kollontaï ou Angela Davis, la femme ne pourra se libérer complètement que dans le cadre de la révolution prolétarienne.

Un membre de VP, pour le journal Partisan

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