De la musique classique pour faire fuir les jeunes

Le blog ami Coutoentrelesdents rapporte que le Pouvoir a décidé d’user de la musique classique comme agencement répressif. Nous copions ici le texte de l’article, suivi d’un commentaire de Feu de Prairie.

La ville de Courtrai a décidé de diffuser de la musique classique dans le parc du Béguinage, au centre-ville, afin de faire fuir les jeunes qui, selon les autorités locales, y causent des désagréments.

“Une première en Belgique”, écrit vendredi Het Nieuwsblad. Des haut-parleurs seront installés dès la semaine prochaine, a décidé le collège communal, qui part du principe que la plupart des jeunes fréquentant ce parc n’apprécieront guère ce type de musique.

La Grande-Bretagne, l’Australie, les États-Unis et les Pays-Bas connaissent déjà des initiatives similaires.

“Nous voulons surtout donner au parc une ambiance agréable. Mais si, ce faisant, les désagréments disparaissent aussi, c’est ça de pris”, commente le bourgmestre de Courtrai, l’ancien ministre de la Justice Stefaan De Clerck (CD&V). Des tables et bancs pour pique-niquer seront également installés.

L’initiative n’est pas sans rappeler le très controversé “mosquito”, cet émetteur de sons à très haute fréquence destiné à disperser les groupes d’adolescents. Des projets-pilotes recourant à cet appareil ont fait long feu car ils étaient contraires aux droits de l’enfant.

Presse mélomane (Belga, 13 juillet 2012)

La musique classique pour chasser les jeunes ?

Dans un parc de Courtrai, des haut-parleurs vont diffuser de la musique classique. Pour en chasser les jeunes qui traînent, horrifiés par le Stabat Mater de Vivaldi et autre Petite musique de nuit de Mozart ? Non, pour permettre à d’autres d’aussi profiter du parc, dit le bourgmestre.

Mozart ferait-il fuir les jeunes ? La presse flamande annonçait ce matin que la ville de Courtrai allait diffuser de la musique classique dans un de ses parcs pour chasser les jeunes turbulents qui s’y regroupent.

Le bourgmestre Stefaan De Clerck parle plutôt d’installer une ambiance plus conviviale mais nous avons quand même voulu nous poser la question : la musique classique peut-elle vraiment avoir un impact sur le comportement des jeunes?

La SNCF répond oui. Depuis peu, l’entreprise française passe de la musique classique en gare de Poissy, près de Paris. Et l’expérience est concluante.

Le soir, la gare de Poissy est déserte. Les voyageurs se sentent souvent mal à l’aise et ils le sont d’autant plus quand un groupe de jeunes turbulents traînent dans les parages.

Depuis le mois de janvier, Vivaldi a changé la donne. Bruno Rocher, un des responsables sécurité de la SNCF, explique que quand on passe la musique classique le voyageur se sent plus en quiétude et on évite le regroupement de jeunes voyageurs turbulents, pas forcément grands amateurs des Quatre Saisons et qui vont plutôt aller jouer dehors que dans le hall de la gare.

La musique classique surgit sur les quais et dans les halls de la gare à la demande. Ce sont les agents de terrain qui jouent les DJ, en fonction de l’ambiance dans la salle. Ces agents de terrain ont noté minutieusement les changements observés dans la gare après chaque morceau. Leurs conclusions sont positives. La SNCF va donc élargir l’expérience à d’autres gares.

Presse mélomane (Daphné Van Ossel, RTBF.be, 13 juillet 2012)

Cette utilisation répressive de la musique, à peine voilée, qui se passe même du fard de la bonne conscience (il est bien écrit « faire fuir » les jeunes, et non simplement « apaiser les moeurs », « pacifier le vivre-ensemble ») repose sur un certain nombre de présupposés clairs. D’abord, la musique classique serait d’essence européenne, noble, sacrée. Les « jeunes », forcément des banlieusards qui écoutent du rap, crachent par terre et gênent les gentils passagers, auraient l’oreille hostile à notre chère musique européenne. Mozart contre NTM, Beethoven contre Sniper… c’est à un conflit des cultures que nous convie ces mesures de contrôle de la population, de biopolitique dirait Foucault : en référence au fait que l’on utilise la perception physique des sons pour gérer les individus nuisibles à l’ordre social. Il s’agit donc bien évidemment d’une mesure raciste, faisant jouer les origines ethniques, discréditant la culture populaire et révoltée au profit de la sacro-sainte culture occidentale. Et visiblement, les amateurs de Mozart gorgés d’humanisme se taisent, aucun ne s’offusque de la récupération répressive de leur chère musique qu’ils écoutent tous les soirs dans leur salon, critiquant-l’euro-centrisme-mais-pas-trop-faut-pas-abuser. Contre cette énième mesure fascisante, il faut rappeler qu’écouter du rap et nuire au gentil citoyen a pour origine une juste révolte contre un ordre injuste, et que l’oeuvre de Mozart elle-même n’a pas pour vocation à « faire fuir » des racailles : il s’agit d’une utilisation politique de la musique, au service des intérêts de la bourgeoisie, appuyée sur une culture hégémonique.

En conséquence, voici une ode à la culture française :

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