Au sujet de l’écologie – La révolution, seule solution face au drame annoncé

Nous partageons ici un extrait du texte « Qui vengera les petits macareux? » paru dans la revue communiste Front Social, qui apporte un point de vue intéressant concernant la nécessité de la lutte écologique, et dialectiquement les limites de la pensée écologiste actuelle.

L’individu s’isole dans la stupeur de contempler un désastre et dans la culpabilité d’y participer, ne serait-ce que d’une façon minime.

La pensée écologiste n’est pas à la hauteur de ce qu’elle prétend combattre. Seule, elle ne peut donner lieu à aucune radicalité politique, parce que ses principes ne permettent aucun dépassement réel.

Elle est partielle et autosuffisante, ce qui fait qu’elle débouche fatalement sur le complexe de Cassandre : la capacité de deviner des développements futurs catastrophiques doublée de l’incapacité matérielle de les contrer.

Il n’y a aucune riposte correcte à ces développements. D’une part parce que les dominants impérialistes ne le peuvent pas, étant ce qu’ils sont, donc ne le veulent pas ; d’autre part parce que les écologistes le voudraient bien, mais ne le peuvent pas, pensant comme ils pensent.

D’abord et fondamentalement, les écologistes se plantent à cause de leur abstraction.

Ils opposent l’homme et la nature et donc dissocient dans leur pensée ce qui va toujours lié dans la réalité. Seule existe une pratique humaine qui relie les deux. Les objets naturels apparaissent comme matières, ressources, occasions de contemplation…

Tout cela est englobé dans un sens commun (configuration de valeurs, de jugements, où les significations se construisent) à partir duquel les êtres humains s’orientent et dirigent leur pratique.

Nous vivons dans le monde qui est toujours et d’abord humanisé, et non pas dans la nature.

Le langage le dit bien, quand on naît, on vient au monde, et pas à la nature.
Tout cela pour dire que c’est dans le monde humain que se posent et se résolvent toutes choses, et donc aussi les effets affectant la nature.

Or les écologistes ne l’ont pas compris. Ils s’enferment dans une contradiction : l’homme contre la nature. Cette contradiction est bloquée, improductive, parce qu’on ne peut pas se situer à l’intérieur d’elle pour bouleverser la situation et la résoudre.

Concrètement cela veut dire qu’on ne peut pas attendre du peuple des Macareux qu’il se coalise en une flottille de combat, attaque par frappes ciblées et pourfende les bipèdes responsables de la marée noire de l’Erika.

Plus sérieusement, après avoir opposé l’homme naturellement destructeur et la nature naturellement harmonieuse, les écologistes voudraient les faire coïncider dans la paix et l’amour.

Or cela est impossible. Donc, ou bien l’écologiste se range du côté de la nature et devient totalement hippie et décolle du problème, ou bien il se range avec sérieux du côté de l’organisation sociale en bon réformiste au service du système, et se colle à fond dans le problème, mais dans le mauvais sens.

Ces deux attitudes sont complémentaires, elles font signe que c’est la façon de poser le problème qui bloquait tout dès le départ.

Le conflit entre l’activité humaine aveugle, irrationnelle, destructrice, c’est-à-dire capitaliste, et la vie de son entourage éclate maintenant sous nos yeux. Il est historique. Son explication et sa résolution ne peuvent être qu’historiques.

C’est-à-dire que sous cette apparente contradiction absolue, il y a autre chose, qu’on ne peut saisir qu’en se plaçant à l’intérieur de l’Histoire.

C’est dans cette seule sphère, celle du monde humain, que nous pouvons trouver une prise. Nous avons prise sur ce qui le déchire, nous en sommes partie prenante.

On ne peut pas défendre la nature de façon immédiate, directe. La confrontation ne fait que se heurter à la multiplicité des effets et les écologistes sont toujours à la traîne à essayer de rattraper les dégâts que d’autres ont commis. Ils rament dans les effets et ne remontent jamais aux causes.

Par contre la confrontation est possible si elle agit sur les contradictions qui existent dans le monde humain, dans les rapports sociaux.

C’est dans ce contexte total que les  » hommes  » produisent des effets, dont la dévastation de l’environnement est un contrecoup obligé.

Ce n’est pas parce qu’il est poussé par son naturel sanguinaire que l’homme devient un tel bourreau, mais poussé par la nécessité de la reproduction du système capitaliste, à petite échelle et à grande échelle.

Pour ce qui est, par exemple, de la disparition des forêts humides, poumons de la planète comme on dit, il faut savoir que ce phénomène est un des résultats parmi d’autres de la dépendance financière des pays des trois continents envers les pays impérialistes.

La politique d’ajustement structurel de la Banque Mondiale pousse ces pays à une augmentation des exportations de manière à augmenter les ressources en devises, surtout en dollars, qui seront attribuées au remboursement de la dette étrangère.

Cela conduit ces nations à surexploiter leurs ressources naturelles.

Ils abattent les forêts, ce qui aggrave l’effet de serre. Ils inondent leurs terres de produits chimiques, de manière à augmenter le rendement des plantations de café, de coton ou de tabac, empoisonnant ainsi le sol et la nappe phréatique, et réduisant comme peau de chagrin leurs cultures vivrières, et par conséquent leur capacité économique de compter sur leurs propres forces.

Cela contribue à empêcher leur arrachement à la chaîne impérialiste.

A petite échelle, ce qu’on remarque, c’est une totale indifférence envers la souffrance, une négligence envers les conséquences écologiques, une brutalité générale. Ces dispositions subjectives, propres à l’homme des métropoles impérialistes, sont un produit historique.

Il est le fils d’un environnement oppressif qui n’offre aucun espace à l’épanouissement de l’individu, et à plus forte raison, aucun espace pour le mûrissement de sa responsabilité et de sa sollicitude envers les autres êtres, humains comme non-humains.

Parqué dans un univers urbain, quadrillé, ultra-concentré, sans espaces sociaux en dehors de la stricte consommation, poussé par la concurrence et par la peur, cet individu standard et opprimé ne peut pas se libérer pour soigner son monde, parce qu’il n’ a pas encore de monde, mais seulement le petite parcours de sa survie. Il ne peut pas libérer la nature des chaînes impérialistes s’il ne s’est pas déjà libéré lui-même.

La véritable question n’est pas  » quelle terre allons-nous laisser à nos enfants? « , mais  » à qui allons-nous laisser la terre?  »

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une perspective révolutionnaire de libération sociale, et d’un antagonisme politique qui l’exprime!

Front Social – numéro 18

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