Au sujet de Aube Dorée et de la montée du fascisme en Europe

La percée du parti néonazi grec Aube Dorée (Χρυσή Αυγή – 6,97% des voix) aux élections parlementaires grecques du 6 mai dernier a entrainé une série de polémiques et d’articles variés en France et ailleurs dans le monde. Les nazis sont de retour, et en version bien folklorique, avec bras tendus, croix celtiques, ratonnades.

Cette soudaine prise de conscience de la presse sur le mode du « buzz » est à vomir; d’un côté, cela témoigne au mieux d’une incompétence crasse, au pire d’une complicité objective, puisque Aube Dorée existe depuis longtemps et n’est pas apparu sur la scène politique grecque cette année. Les journalistes n’ont donc pas fait leur travail d’information et se sont contentés de mimer la surprise. D’un autre côté, on peut déjà parier que le sujet sera vite abandonné par les médias de masse, tout comme ceux ci se sont détournés des conséquences des révoltes dans les pays arabes dès qu’un autre sujet les a remplacé à la une.

Beaucoup plus inquiétant: les fascistes grecs étant de bons petits supplétifs du pouvoir en place s’étant développé grâce à la crise, ils trouvent un écho dans certains médias. La correspondante du Figaro et de France 24, Alexia Kefalas, a carrément fait l’éloge de leurs ratonnades en disant qu’ils avaient « nettoyé Athènes ». Dans une période quasi-pogromiste ici comme là bas ces propos sont criminels. Alexia Kefalas collabore ouvertement à la propagande de l’extrême droite en expliquant aux téléspectateurs que l’insécurité causée par « les immigrés » terrorisait les « vieux » grecs et que Aube Dorée est la solution (selon elle leur bras levé serait un innocent symbole « grec antique », on croit rêver).
Il faut savoir que Aube Dorée est connue pour s’en prendre physiquement non seulement aux migrants (vivant pourtant dans une misère noire) en tabassant indistinctement hommes, femmes et enfants. Mais également qu’ils agressent les militants progressistes, les squats, les centres sociaux. Ils ont été vu à de nombreuses reprises servir d’auxiliaires à la police grecque… Un flic sur deux aurait d’ailleurs voté pour eux – normal quand on connait la violence de cette police, encore récemment filmée en train de s’en prendre gratuitement à des migrants!

Pensons également au député Ilias Kasidiaris du même parti qui a agressé sur un plateau télé les députées de gauche (Syriza et KKE) Rena Dourou et Liana Kanelli la semaine passée.

Bref, tout ceci est malheureusement très cohérent. Alors que l’état grec se délite et qu’il fait face à une opposition populaire chaque jour plus puissante, il cherche des solutions de rechange autoritaires. Par le passé ce fut l’intervention étrangère après la seconde guerre mondiale puis le putsch des généraux réactionnaires ayant instauré une dictature militaire… Demain, ce sera surement la poussée de l’extrême droite, financée et laissée libre d’agir par les franges les plus apeurées de la bourgeoisie, qui cherchent à préserver à tout prix leur système. On verra de plus en plus les médias de masse diffuser la propagande de groupe comme Aube Dorée. Et dans les autres pays touchés par la crise systémique du capitalisme également: le mot d’ordre pour les classes dirigeantes c’est « tout sauf l’insurrection »! Il n’y a qu’à voir la collaboration des journalistes français dans la « dédiabolisation » du FN… Les immigrés, les minorités nationales, les personnes faibles, les femmes, les homosexuel(le)s, les « pas bien français », tous seront visés. En commençant par l’opposition organisée, nous, les militants. Face à cette alternative « révolution ou barbarie », nous avons choisi notre camp et nous invitons tous les progressistes à faire de même en analysant la situation, en s’organisant et en faisant tourner les informations démasquant ces menaces. Sans riposte populaire et radicale ce sera l’installation durable du fascisme, sans classes populaires armées ce sera le retour à la sauvagerie quotidienne à brève échéance.

Alexia Kefalas nous donne ici sa vision fort édulcorée des crimes racistes ayant eu lieu à Athènes:

Ilias Kasidiaris nous montre là sa vision du dialogue démocratique en milieu parlementaire:

Ici, des militants communistes et anarchistes assurant le service d’ordre d’une manifestation antifasciste sont agressés par des policiers et des nazis (les fascistes ont reçu des armes données par les flics selon les observateurs, et les deux groupes agissaient en cohésion). Bilan: de nombreux blessés, deux antifascistes poignardés, un fasciste a reçu un coup de hache. Bons baisers de Grèce:

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