Réponse au Lys Noir (2/2)

Qu’on se le dise, la croisade contre l’usage intempestif du gloss et les piscines hors sol avance : le journal Lys Noir nous a de nouveau répondu. Leur ligne de conduite à notre égard reste inchangée, elle n’a d’ailleurs pas grand chose d’original puisqu’elle s’inscrit dans la longue tradition des penseurs « d’extrême droite » (ils se placent eux-mêmes dans cette catégorie) revendiquant une sympathie pour l’extrême gauche. Nous avons déjà parlé sur ce blog de ce complexe propre aux réacs du « je t’aime, moi non plus » nécessaire à une famille politique qui s’est toujours caractérisée par le recyclage des concepts, modes, styles et doctrines.

Alors quoi de neuf sous le cocotier?

Lys Noir est toujours persuadé que nous sommes un groupe anarchiste. N’étant pas une organisation politique mais un collectif, cela est une première erreur, d’importance minime puisque les critiques portent avant tout sur notre grille d’analyse marxiste (qui est en effet notre socle commun) et notre antifascisme. Selon les anarcho-royalistes le fascisme serait mort avec la république de Salo et le suicide du Fürher; c’est la thèse classique des droites visant à résumer le fascisme à quelques méthodes et un folklore. Nous nous opposons totalement à cette vision des choses. Pour nous révolutionnaires, le fascisme est un phénomène politique apparaissant lorsque le capitalisme est menacé et a besoin de se défendre, de se restructurer violemment. Pas besoin de skin de Chauny levant le bras en écoutant du Goldofaf puisque le fascisme est un ensemble cohérent de valeurs, un projet de société, un mouvement radicalement opposé au notre (et ce, sur tous les plans) qui se développe actuellement à différents niveaux sans reprendre nécessairement les symboles de son ancêtre des années 20.

La seconde erreur de Lys Noir à nos yeux est de résumer notre marxisme à une lutte manichéenne des pauvres contre les riches. Leur esprit chrétien (si, si) les pousse ici à une certaine compassion à notre égard, pourtant décalée par rapport à notre grille d’analyse. Notre marxisme est total et scientifique – il ne s’embarrasse pas de valeurs morales puisqu’il les crée. Ce qui nous importe, c’est d’une part la place des individus (ou plus précisément des groupes d’individus) dans les rapports de production et d’autre part l’idéologie, en tant que guide pour l’action. Nous n’avons pas de doctrine gravée dans le marbre. Notre politique est constamment remise en cause selon le principe de théorie – pratique – théorie. Quel est le rapport avec la vision de Lys Noir? C’est simple, pour nous le peuple (et plus particulièrement les travailleurs, et parmi eux plus précisément les prolétaires, et spécialement la classe ouvrière, puisqu’il ne faut pas avoir peur des mots) n’est pas une entité homogène, elle est traversée par des contradictions (racisme, sexisme, homophobie, vote UMP, volonté d’acquérir une piscine hors sol, etc.) dues au cadre capitaliste, à l’influence culturelle néfaste de la bourgeoisie. Mais le peuple produit aussi les valeurs les plus belles qui soient: solidarité, partage, courage, égalité, respect, etc. Notre but consiste modestement à mettre en avant cela et à combattre les idées erronées qui le détournent de son but historique.

Pour Lys Noir, la libération totale de l’homme doit se faire de façon extérieure à l’analyse de classe, alors que pour nous, la libération d’une classe doit se faire contre la volonté d’une autre. Autrement dit: dans notre système actuel, la bourgeoisie est déjà parfaitement libre, elle bénéficie de la plus pure démocratie (les bourgeois qui ne s’en rendent pas compte et qui se sentent oppressés par le kebab du coin qui brime leur liberté finissent chez les identitaires). Ce sont les classes populaires qui subissent une dictature implacable. L’homme comme valeur universelle n’existe donc pas; la lutte entre le monde du travail et celui du capital promet à la fois d’immenses espoirs pour une majorité de la population, et une nécessaire restriction des droits de l’élite, qui luttera jusqu’à la mort contre cette fatalité. Et comment? Bien sûr, pour commencer, en diffusant l’idée selon laquelle les contradictions entre classe dominante et classe dominée sont d’une importance mineures. Elle répandra pour cela le racisme, le sexisme, la collaboration de classe nationaliste…

Bref. On nous accuse ensuite de défendre les immigrés d’un côté (la « diversité ») tout en voulant abolir toutes les différences ici même (« l’égalitarisme »). Bon les gars, un argument de ce genre c’est tout de même un peu bateau, il doit faire partie du manuel des « 10 phrases toutes faites à sortir aux gauchistes » entre « vous défendez les khmers rouges! » et « la nature de l’homme n’est pas compatible avec votre utopie »… Par nature notre projet défend les différences en les reconnaissant et en étendant la démocratie basiste, par l’auto-organisation si possible. Notre antifascisme est celui des brigades internationales, de la FTP-MOI, du Bund, des résistants tsiganes… Nous aimons toutes les cultures humaines. Même les fascistes ont le droit de vivre chez nous (mais en Sibérie pour découvrir la valeur du « vrai travail »).

Voilà pourquoi nous maintenons la barre idéologique, pourquoi nous levons haut le drapeau de la révolution tout en admettant la complexité de la situation actuelle, en l’analysant de la façon la plus scientifique possible pour comprendre les contradictions existantes et les résoudre. Nos idées partent de solides bases économiques, sociologiques, culturelles, politiques; notre projet n’est donc guère embarrassé par les contre-arguments anecdotiques. Cela est d’autant plus plaisant à constater à une époque où, malgré l’inquiétante montée du mouvement fasciste, le flou le plus complet fait de ce côté office de ligne de conduite: les élections ont été très intéressantes puisque l’on a vu toute l’extrême droite patiemment reconstruite hors du FN (identitaires, solidaristes de TV, roycos, autres clans) venir faire la campagne de Marine avec un zèle obséquieux particulièrement puant dès les premiers résultats positifs. Amusant pour une famille se revendiquant de la « tradition », de « l’honneur » et de la « fidélité » et où la norme est à la pose provocatrice et élitiste (on pense par exemple au subtil blog A Moy que Chault, critique mais rallié au FN, on ne se refait pas)… La grande bourgeoisie frontiste au parcours idéologique sinueux a elle même une attitude ambiguë vis à vis de l’UMP dont elle dénonce seulement les « promesses non tenues ». Pas besoin de vous faire un dessin: les groupuscules fascisants ne sont finalement que la roue de secours du libéralisme post-gaulliste ultra (qui les en remercie bien), les idiots utiles du système, alors qu’ils sont persuadés d’être opposés à la « pensée unique ». Mêmes valeurs, même rejet de l’analyse matérialiste, même grandiloquence concernant la France éternelle. Lys Noir considère que l’emploi à l’extrême droite de la pensée de Gramsci conduit à l’échec, nous répondont « absolument pas, seulement les réactionnaires n’ont que des buts politiciens bien bas, consistant à influencer le pouvoir en attendant d’y accéder – et ça marche ».

Face à ce purin progressant on est bien heureux d’être dans le camp de « l’anti-France ». Le capitalisme est peut-être dans l’homme actuel, mais il en disparaîtra naturellement dans un autre système économique plus juste, comme ont disparu les valeurs de l’Antiquité puis du Moyen Age. Nous ne disons pas: « le capitalisme n’aurait jamais dû exister », nous ne sommes pas des primitivistes, nous sommes bien content d’avoir internet, l’électro, les cafetières électriques et ce genre de machins; nous disons, « il est temps de le dépasser ». Personne n’est exclu de notre combat. Mais il y aura du boulot pour certains. Notre combat n’est donc peut être pas anthropologique mais il est résolument politique, culturel, économique. La révolution n’est finalement pas si compliquée… Elle implique une dialectique permanente entre organisation, projet de société et conditions objectives. En cela aussi nous avançons. Nous nous sommes depuis longtemps libérés de l’humanisme chrétien et de son pendant bourgeois; nos idées se précisent. Toute bonne volonté peut donc contribuer à les faire progresser et à les développer. Alors, entre le coup d’état contre les masses que propose Lys Noir et la guerre populaire prolongée contre l’état bourgeois, qui parviendra à ses buts historiques? L’Histoire jugera. Nous attendons déjà.

D.

Cet article, publié dans Analyse, Humour, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s