Les métropoles du chaos

Merci à l’Initiative des étudiant(e)s et travailleurs/travailleuses grecs à Paris pour ce texte beau et juste.

La violence c’est de travailler quarante ans pour des miettes et de te demander si et quand tu parviendras à la retraite.

La violence c’est les titres et les actions, les caisses dépouillées de la Sécu, l’arnaque de la Bourse.

La violence c’est d’être obligée de faire un crédit immobilier que tu vas rembourser au prix de l’or.

La violence c’est le droit inconditionnel de ton employeur de te mettre à la porte quand il veut.

La violence c’est le chômage, la précarité, les 700 euros au noir ou déclarés.

La violence c’est les « accidents » au travail car les patrons réduisent leurs dépenses  en mettant en péril la vie des travailleurs.

La violence c’est la prise d’antidépresseurs et de vitamines pour faire face à des horaires épuisants.

La violence c’est d’être immigrée, de vivre dans la peur d’être jetée hors du pays, de vivre constamment dans l’insécurité.

La violence c’est d’être à la fois salariée, femme au foyer et mère.

La violence c’est de se faire toucher les fesses au travail et de s’entendre dire « souriez, qu’est que l’on vous demande ? ».

Ce que nous avons vécu je l’appelle une révolte. Et comme toute révolte elle ressemble à une répétition de guerre civile, elle sent la fumée, les bombes lacrymogènes et le sang. Elle ne s’apprivoise pas, elle ne se récupère pas. Elle met le feu aux consciences, elle illustre et polarise les oppositions, elle promet, du moins, certains moments de fraternité et de solidarité. Elle trace les chemins allant vers l’émancipation sociale.

Mesdames, Messieurs, bienvenu-e-s aux métropoles du chaos. Installez des portes de sécurité et des systèmes d’alarme à vos domiciles, allumez vos postes de télé et amusez-vous du spectacle. La prochaine révolte va être sûrement plus dure, tant que la décadence de cette société s’approfondit. Sinon, sortez dans la rue aux côtés de vos enfants, faites grève, osez revendiquer la vie que l’on vous vole, souvenez-vous que, jadis, vous avez été des jeunes qui ont voulu changer le monde.

Savas Metikidis, enseignant, 45 ans, père de famille, militant syndical et de gauche radicale, suicidé le 21 avril 2012 – Traduit du grec par Elsa Papageorgiou

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