La série Spartacus : Vous reprendrez un peu de Spectacle ?

J’étais assez enthousiaste à l’idée (sans doute trop, j’aurais dû voir le piège venir) qu’il puisse y avoir une série qui parle de Spartacus, qui est bien souvent oublié dans l’histoire des luttes sociales, et tout ce qu’il a pu apporter avec d’autres esclaves en fuites, des pauvres ou des paysans qui se sont joints à sa cause pour sortir de leurs conditions respectives. Et bien, cette série ressemble plus à un gros doigt tendu bien haut à tous ceux qui ont un peu de respect, voir d’admiration pour le camarade Spartacus : C’est sans doute une habitude américaine de toujours tout détruire et ne laisser que du sang, de la violence et une sorte de romantisme planer et essayer de rendre la série intéressante. Dès le départ, on arrive à comprendre que l’essentiel de la série va tourner sur Spartacus cherchant à venger sa mise en esclavage par un général Romain, qui lui ôtera sa femme en la réduisant en esclavage (A mourir de rire au passage, les deux se font prendre en chasse par les romains, allument un gros feu, ne trouvent rien mieux à faire que de s’envoyer en l’air et de se faire choper au petit matin par 20 romains sans qu’ils puissent se défendre…) et lui-même devenant gladiateur. A partir du moment où il apprends la mort de sa femme, il n’a qu’une seule chose en tête, c’est se venger, par amour, des Romains, de son maître et libérer tous les gladiateurs qui se trouvent avec lui. On passera sur les détails futiles qui font que Crixus, qui sera un autre chef avec Spartacus, se battra également pour récupérer son amour volé et envoyé dans des mines… On comprends assez vite que l’essentiel va se jouer sur des sentiments, sur la vengeance, et rien d’autre de bien spécifiques. Cette hyper personnalisation des sentiments de Spartacus, font que dès le début, tout le côté concret de la libération de sa condition d’esclave, défier Rome et devenir libre, est évoqué mais mis au second plan, bien rapidement, pour se concentrer sur une vendetta, plus qu’une action concrète et solidaire de l’ensemble des exploités.

Il y a une chose qui peut-être mis en avant, c’est la manière dont est montrée la société romaine, sous la République : Une oligarchie qui se vautre dans le plaisir, la débauche, les bordels, saute sur tout ce qui bouge, n’en fini plus des complots, des intrigues, des coups bas… Dommage que là aussi, on en reste simplement à un constat de « décadence », qui est pourtant flagrant quand on analyse cette société et son élite. Il existe quelques rares fois où Spartacus fait preuve d’esprit de groupe et met en place une solidarité de tous les instants : Quand des Gaulois sous l’ordre de Crixus reviennent charger de provisions diverses et de nourritures, il les somme de partager l’intégralité avec tout le monde, sinon il devra faire usage de la force. C’est bien là, un des seuls passage (au début de la seconde saison), qui tente de se rattraper sur le vide complet du caractère profondément social de la lutte de Spartacus. Les points positifs sont rapidement évoqués, car il n’y en a pas beaucoup. Au niveau des points négatifs, ils abondent et ont déjà été plus ou moins évoqués : Spartacus engage une conversation avec Gannicus, un ancien gladiateur devenu « libre » et lui dit qu’il se bat avant tout par vengeance et par amour… Ce qui est ridicule. Ou alors l’attaque complètement ahurissante d’une mine pour retrouver la promise de Crixus, ou encore l’attaque commando de Spartacus et de 5 hommes pour libérer ses frères dans l’arène, en la faisant s’écrouler de l’intérieur, avec si peu de moyens et d’hommes… On est plus dans le Spectacle que dans le concret, l’action et la lutte. Que dire du groupe qui constitue les esclaves ou gladiateurs en fuite ? Grossier, ils sont moins d’une cinquantaine, alors qu’en réalité, ils étaient des milliers et des milliers à se joindre à la progression de Spartacus, par désir de liberté et de remise en cause de leur condition : Dans la série, on a l’impression de voir une bande de squatteurs qui passent leur temps à se chamailler au pied du Vésuve et qui restent statiques en attendant l’armée romaine. Je veux bien croire que trouver des milliers de figurants n’est pas simple, mais là on a l’impression que l’épopée de Spartacus ressemble plus à une colonie de vacances avec des super-guerriers capable de repousser n’importe quel assaut Romain, même à 4 contre 100.

Il existe sans doute d’autres points positifs ou points noirs, mais « l’intérêt » de la série, repose plus sur de la testostérone, de l’action, du sang, de la violence et du sexe brut, qu’une véritable démonstration du combat émancipateur du camarade Spartacus. Ce n’est même plus du vol, c’est tout simplement honteux de voir comment l’appareil cinématographique de la bourgeoisie a réussi à complètement vider de son sens social et révolutionnaire, l’action de Spartacus et des siens. Quand je pense qu’ils veulent faire une troisième saison, c’est vraiment pousser le vice au plus loin, pour de médiocres résultats, qui ne font qu’insulter, caricaturer le camp des opprimés en une bande de gamins prétentieux, nappé de romantisme et d’illusions. Libérez le camarade Spartacus !

G.P

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2 commentaires pour La série Spartacus : Vous reprendrez un peu de Spectacle ?

  1. Varrow dit :

    Faut arrêter de tout analyser et de tout tourner en négatif, y’a vraiment des gens insatisfaits dans ce monde. Un conseil : regarde la série sans te prendre la tête, laisse toi prendre au jeu et tu verra que c’est une superbe série.
    En attendant si tu pouvais éviter de critiquer une telle série, ça serait sympa.

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