Ne pas se surestimer

La peur a traversé les os des dominants, qui pensaient déjà avoir totalement en main cet Etat et tous ses habitants et classes et contradictions, réduit les intellectuels à leurs revues, enfermé les gauchistes dans leurs cercles, désarmé le marxisme-léninisme. La structure de pouvoir qu’ils représentent n’est pourtant pas aussi vulnérable que leur effarouchement peut nous le laisse penser.

Leurs vociférations ne doivent pas permettre de nous surestimer.
Nous affirmons que l’organisation de groupes armés de résistance est actuellement juste, possible et justifiée en République fédérale et à Berlin-Ouest.

Qu’il est juste, possible et justifiée de mener ici et maintenant la guérilla urbaine. Que la lutte armée comme « plus haute forme du marxisme-léninisme  » (Mao) peut et doit commencer maintenant, que sans cela il n’y a pas de lutte anti-impérialiste dans la métropole.

Nous ne disons pas que l’organisation de groupes armés illégaux de résistance peut remplacer les organisations prolétaires légales, ni que les actions individuelles remplacent les luttes de classe, ni que la lutte armée peut remplacer le travail politique dans l’usine ou dans le quartier. Nous affirmons seulement que le développement et le succès de l’un suppose l’autre.

Nous ne sommes ni des blanquistes ni des anarchistes, bien que nous tenions Blanqui pour un grand révolutionnaire et que nous ne méprisions nullement l’héroïsme de beaucoup d’anarchistes.
Notre pratique n’a pas une année. C’est trop peu pour pouvoir déjà parler de résultats. La grande publicité que nous a faite les messieurs Genscher, Zimmermann & Co nous permet d’apparaître opportunément de manière propagandiste, de faire déjà quelques remarques.
 » Si vous voulez savoir ce que pensent les communistes, regardez leurs mains et non leur bouche  » a dit Lénine.

[…]
Sous le couvert de  » l’intérêt général  » le dirigisme étatique tient en bride les bureaucraties syndicales par le biais des contrats de progrès des salaires et la concertation Les grèves de septembre ’69 ont montré qu’on avait passé la mesure en faveur du profit, ont montré dans leur déroulement comme grève seulement économique comment on les tenait bien en mai.

Le fait que malgré ses presque deux millions de travailleurs étrangers la république fédérale peut utiliser dans la récession se dessinant un chômage approchant les 10%, toute la terreur, tous les mécanismes de discipline, sans avoir à faire face à une armée de chômeurs, sans avoir au cou la radicalisation politique de ces masses, permet une conception de la force du système.

Participant avec l’aide militaire et économique aux guerres d’agression des USA, la république fédérale profite de l’exploitation du tiers-monde, sans avoir la responsabilité de ces guerres, sans avoir à se disputer avec une opposition à l’intérieur. Pas moins agressive que l’impérialisme US, mais moins attaquable.

Ulrike Meinhof, Sur la conception de la guérilla urbaine, 1972

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