Petit récapitulatif des méthodes de communication militante

Cet article a pour but de passer en revue les méthodes de communication pouvant servir à diffuser rapidement nos idées, nos messages, un peu partout et par un maximum de moyens possible.

Le principe est simple : nous vivons dans une époque régie par la loi du spectacle, où l’habitude est à la consommation. Consommation d’informations, consommation artistique, consommation de relations, consommation de biens… Cette attitude produite par le système économique dans lequel nous vivons a aussi un effet en politique. L’aspect néfaste, c’est la consommation militante : les gens recherchent un engagement donnant une satisfaction immédiate, avec des résultats à court terme,  ce qui rend difficile la construction de projets sur le long terme. La moindre difficulté ou le plus petit contretemps apparait comme un échec (alors qu’ils devraient être source de questionnement et d’évolution). Cela explique en partie pourquoi les mouvements et partis inoffensifs mais attractifs aspirent beaucoup de gens sincères, dans une période où chaque jour apporte plus de raisons de se révolter.

Nous prenons acte de ce constat : nos modes de communication doivent changer. Les longs textes théoriques et l’imagerie austère n’attirent que les gens déjà convaincus, alors que nous voulons nous adresser aux personnes qui ne sont pas encore politisées.

Notre communication s’appuie sur le principe d’agitation et de propagande (agit-prop). Ces deux axes sont complémentaires. L’agitation, ça consiste à favoriser un climat de contestation radicale, à pousser les gens à s’organiser, à créer la subversion. La propagande, qui signifie « diffusion d’idée », vise à expliquer notre point de vue, nos analyses, bref notre position stratégique.

Maintenant voyons comment appliquer cela.

Sur internet

Internet est sans doute le média d’information le plus important à l’heure actuelle. Les gens se renseignent, se conscientisent, s’organisent sur internet. Bien sûr, il y a des tares, de grosses limites (présence énorme de l’extrême droite et des conspirationnistes, flicage massif, désinformation, discours n’ayant pas forcément d’impact dans la réalité). Mais c’est un média incontournable.

Il est conseillé de séparer au maximum son engagement politique de sa vie privée sur internet. Ce n’est pas facile mais pour des raisons de sécurité c’est important. Dans le même registre, nous vous conseillons l’emploi de boîte mail cryptée (hushmail par exemple), et de protections efficaces (réseau Tor…). De nombreux sites spécialisés indiquent comment se protéger au maximum sur internet. La meilleure règle reste tout de même celle du silence : moins on en dit et moins on en sait, moins il y  de risque, dès qu’il s’agit d’action politique.

Les médias sont variés : blogs, sites, page facebook, compte twitter, listes de diffusion, forums. Il est tentant de perdre son temps en se dispersant, ou d’entrer dans des polémiques interminables ne faisant pas avancer les choses ; à moins de s’ennuyer pas la peine de répondre à tous les petits fachos « internet warriors » de la toile donc, mieux vaut se concentrer sur la création de contre-médias. Il est pour cela très facile de se faire un site, le format le plus accessible étant le blog (avec WordPress comme celui que vous lisez, avec Overblog, Noblog ou autre). Pour être efficace et progresser l’important est de déterminer une ligne conductrice et de s’y tenir, et si possible d’agir en réseau en créant des contacts.

A ce niveau là, deux choses sont à prendre en compte. D’abord, le rapport dialectique entre internet et vie courante : internet doit permettre de mettre en valeur des actions réelles et de diffuser des idées, mais aucun média ne se suffit à lui-même, il ne faut pas perdre de vue l’importance fondamentale de l’action de terrain. Ensuite, un bon équilibre entre agitation et propagande permet d’éviter de rester dans la « pose » ou de partir dans des textes théoriques interminables qui risquent de ne pas être lus.

L’esthétique est également un bon moyen d’être lu et connu. Des logiciels de traitement d’image comme Photoshop, Gimp (gratuit), ou Publisher (pour les textes, les tracts, les affiches) permettent d’avoir une communication efficace sur le fond comme sur la forme.

Dans la rue

Pour faire connaitre ses idées dans la rue, à part lors des manifestations habituelles qui mériteraient un article plus long, il existe quelques modes d’action.

Le plus connu est le tractage : un groupe de personne (ça peut être seulement 2 ou 3 individus, cela dépend de la zone à couvrir et des risques éventuels) diffusent un tract sur un sujet précis, en général une brève analyse ou un appel à un évènement. Cette méthode est assez aléatoire puisqu’elle peut donner l’impression d’une large diffusion sans forcément d’effet : un tract est souvent reçu comme une publicité, pas forcément lu ni conservé.

Là encore il est préférable d’opter pour un message bref, sur un papier de petit format, avec éventuellement une image ou un symbole choc.

Le lieu de tractage et le contenu dépendent du public visé (lycéens, étudiants, salariés, ouvriers). Mais tout cela relève du bon sens plus que de la stratégie…

Un autre mode d’action est le happening, et l’action coup de poing : c’est le cas des autoréductions  (récupération de produits dans un grand magasin pour les redistribuer, ou opération « transports gratuits »/«péage gratuit », très efficaces puisque permettant d’obtenir des dons tout en rendant service à beaucoup de gens, et des grèves de loyers). Mais ce genre d’action peut aussi prendre la forme d’une banderole accrochée lors d’un évènement attirant beaucoup de monde, d’un regroupement massif surprise, d’un blocage de protestation… Bref, les modes d’action sont variés, du tractage au black bloc. Il serait inutile de les détailler tous ici. Les principes qui doivent guider l’action sont la sécurité (en organisant des binômes pendant les actions, en prévoyant des numéros d’avocats, en connaissant ses droits, en se dispersant de façon ordonnée, en étant équipés en fonction des circonstances), la bonne estimation de ses forces (pour ne pas se sous-estimer ni se surestimer), et l’efficacité (Quel objectif vise-t-on ? Quel niveau de radicalité ? Quel est le message, et destiné à qui ? Quelles sont les modalités ?).

Sur les murs

Les murs sont en général un bon indicateur de la contestation sociale : dans les zones où des luttes sont en cours, ou ayant une tradition contestataire, on peut voir de nombreux tags, affiches, messages politiques, etc.

Pour commencer, les messages à la peinture. Ils peuvent être efficaces sans nécessiter un grand tallent dans l’art du graff. Acheter des bombes de peinture en magasin (ou en récupérer ailleurs) ou des feutres style poscas permet de faire des miracles. Pour qu’un message soit lisible, il doit être assez grand, assez simple, et d’une couleur contrastant avec le support. Le seau de peinture blanche et le rouleau sont aussi intéressants, et très utilisés en Italie par exemple. Pour ce qui est des logos et symboles, le pochoir reste la solution la plus efficace et la plus jolie. Il suffit pour cela de découper au cutter la forme que l’on veut obtenir sur du carton ou mieux, sur des radios (des radios anonymisées peuvent être demandées gratuitement dans n’importe quel centre de radioscopie), après l’avoir dessinée. De nombreux exemples déjà préparés sont trouvables sur internet. Un message complexe peut être dessiné à l’avance sur du papier grand format et collé ensuite (le mieux étant le papier de tapisserie).

Sur un sujet précis, une banderole peinte (bâche publicitaire, drap) accrochée sur un pont routier ou devant un lieu de passage est un excellent moyen de diffuser un message très rapidement.

Les organisations politiques utilisent aussi massivement les affiches et les autocollants. Les affiches ne sont pas destinées à rester longtemps : elles sont rapidement recouvertes, arrachées, nettoyées. Par contre elles peuvent être assez esthétiques. Comme les autocollants nous vous conseillons de les imprimer en groupe pour diminuer les frais. Une affiche est vue quand elle est collée massivement, en les disposant par groupes de dix ou plus si possible. Avec un simple balai elles peuvent aussi être collées en hauteur pour durer plus longtemps.

Enfin, les autocollants : si leur petite taille ne leur permet pas de remplacer les affiches, ils sont beaucoup plus simples à utiliser puisqu’ils peuvent être utilisés n’importe quand tant qu’on en a sur soit. Pas mal pour saturer l’espace avec une image et un slogan. Le mieux est de les coller derrière les panneaux, sur les poteaux, sur toutes les surfaces plates et rarement nettoyées.

Voilà, ce récapitulatif n’a pas vocation à pousser la réflexion en profondeur ni à être exhaustif. Par contre, il permettra peut être de donner des idées à des gens voulant se lancer.

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7 commentaires pour Petit récapitulatif des méthodes de communication militante

  1. excellent article. Avoir les meilleures idées au monde ne sert à rien si l’on a la manière de les communiquer la plus nulle. Nous le reprenons sur notre blog avec un lien

      • On peut objecter au contraire que la propagande révolutionnaire ne peut pas faire l’économie de théorisation simpliste et s’inscrire dans la mode communicationnelle du Poids des mots et Choc des photos…. Justement parce que nous sommes submergés de tels procédés : la multitude de sites appelant à l’insurrection à coup de slogans sans autres formes de procès se neutralisent entre eux. Il nous paraît primordial de prendre à contrepied cette mode du minimum et de l’instantanée… Par exemple, pour nous, vos articles que vous publiez et qui nous attirent le plus, sont les plus longs, et pas les simples slogans ou autres en style télégraphique.. :))

        De même, il nous paraît essentiel de relayer les informations des camarades qui combattent en arme [ Inde, Philippines, Amérique, Turquie…] : Aux grandes théories, l’action de ces camarades courageux comme exemple, comme modèle et surtout comme soutien. Revenons à l’International, en tout cas à une forme de mondialisation autre que celle du capitalisme. Le Secours Rouge / Belgique s’en occupe.

        La question de l’anonymat se pose également : Les Blacks Panthers aux Etats-Unis se sont fait connaître justement parce qu’ils avaient ouvert un local pignon sur rue, puis un deuxième, etc : de trois militants isolés à un millier en moins de 6 mois… En Italie, à Amsterdam, les organisations contestataires ouvraient également des locaux qui attiraient autant les jeunes que les plus âgés… Autre époque ? Peut-être.

        Enfin, si Internet peut satisfaire certains dans leurs désirs d’insoumission, rien ne remplacera jamais comme vous le dites, les actions « physiques »….au sein d’organisations. C’est un peu la question que l’on se pose ici : pourquoi Lutte Ouvrière, le NPA, et d’autres ont si peu de militants et sont crédité par les sondages à moins de 1 % d’intention de vote… De même pour les Indignés en Espagne : actifs, sur-médiatisés mais dans les faits [selon un ami barcelonais] pas si nombreux que cela, malgré une crise exceptionnelle…

        Quoiqu’il en soit, Bravo à vous et Merci pour vos [longs] articles !

        Yul
        Labo Urba Insu

      • feudeprairie dit :

        Tu soulèves des questions très intéressantes.
        Nos images, nos slogans et visuels n’ont pas pour but de se satisfaire à eux mêmes, mais de mettre en valeur le fond théorique, les textes et communiqués.
        Comme tu dis on ne peut pas en rester au minimum, à un aspect publicitaire (ce que les nationalistes eux peuvent se permettre, puisqu’ils ne sont pas en rupture avec ce système). Par contre, on peut rendre agréable et attractif un fond politique plus complexe en poussant les gens à s’informer, à se questionner.
        Nous essayerons de publier plus d’articles théoriques d’ailleurs, si on a un peu de temps. 😉
        Pour l’international: tout à fait d’accord. L’extrême gauche française a développée une frilosité incroyable par rapport à ces luttes, mais heureusement de plus en plus de groupes (dont le votre) font un travail de fond pour informer à ce sujet. Avoir comme référence des gens qui ont poussé très loin l’affrontement avec l’état, c’est très intéressant pour nous, et pour eux c’est peut être le meilleur service qu’on peut leur rendre.
        Ensuite pour l’anonymat, à titre personnel je pense qu’on peut avoir pignon sur rue, organiser des actions et lutter dans la « vraie vie » sans pour autant se mettre en avant en tant que personne sur internet; c’est plus facile à dire qu’à faire c’est certain, mais on devrait envisager le rapport entre anonymat et présence publique de façon dialectique. Toutes les organisations qui sont allées loin dans la lutte ont su lutter sur les deux fronts.
        Enfin concernant les organisations, l’écroulement d’une certaine extrême gauche qui a sombré dans le réformisme ou le sectarisme est malheureux mais peut être positif sur le long terme si elle est remplacée par d’autres groupes et organisations plus combatifs. Encore faut il pour cela se faire connaitre sans trop espérer dans les médias officiels qui, comme tu le remarques, sur-médiatisent toute contestation inoffensive et passe sous silence les luttes plus intéressantes (actuellement ça prend un tournant complètement absurde avec les articles de tous les grands journaux qui s’enthousiasment des indignés, des squatteurs de jeudi noir et autres, et censurent le reste).

        Et sincèrement, merci aussi à vous, vos articles sont toujours d’une très haute qualité, le LUI mérite d’être connu!

  2. Ping : Petit récapitulatif des méthodes de communication militante « Colonne de Fer

  3. ramiro dit :

    Salut, quelques analyses de « l’efficacité » de la propagande de l’extrême-droite sur le net :
    ici : http://www.poisson-rouge.info/2011-12/fachos-com-lextreme-droite-du-net/
    et ici :http://30septembre.blogspot.com/2011/11/les-armes-de-lennemi.html

    Bon début pour « feu de prairie »

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