Justice sociale

Sans égalité politique point de liberté politique réelle mais l’égalité politique ne deviendra possible que lorsqu’il y aura égalité économique et sociale. L’égalité n’implique pas le nivellement des différences individuelles, ni l’identité intellectuelle, morale et physique des individus. Cette diversité des capacités et des forces, ces différences de races, de nations, de sexes, d’âges et d’individus, loin d’être un mal social, constituent au contraire la richesse de l’humanité. L’égalité économique et sociale n’implique pas non plus le nivellement des fortunes individuelles, en tant que produits de la capacité, de l’énergie productive et de l’économie de chacun. L’égalité et la justice réclament uniquement : une organisation de la société telle que tout individu humain naissant à la vie y trouve, en tant que cela dépendra non de la nature mais de la société, des moyens égaux pour le développement de son enfance et de son adolescence jusqu’à l’âge de sa virilité, pour son éducation et pour son instruction d’abord, et plus tard pour l’exercice des forces différentes que la nature aura mises en chacun pour le travail. Cette égalité de point de départ, que la justice réclame pour chacun, sera impossible tant qu’existera le droit de succession.

La justice, autant que la dignité humaine exigent que chacun soit uniquement le fils de ses ouvres. Nous repoussons avec indignation le dogme du péché, de la honte et de la responsabilité héréditaires. Par la même conséquence nous devons rejeter l’hérédité fictive de la vertu, des honneurs et des droits ; celle de la fortune aussi. L’héritier d’une fortune quelconque n’est plus entièrement le fils de ses œuvres et, sous le rapport du point de départ, il est privilégié.

Abolition du droit d’héritage.

Tant que ce droit existera la différence héréditaire des classes, des positions, des fortunes, l’inégalité sociale en un mot et le privilège subsisteront sinon en droit, du moins en fait. Mais l’inégalité de fait, par une loi inhérente à la société, produit toujours l’inégalité des droits : l’inégalité sociale devient nécessairement inégalité politique. Et sans égalité politique, avons-nous dit, point de liberté dans le sens universel, humain, vraiment démocratique de ce mot ; la société restera toujours divisée en deux parts inégales, dont l’une immense, comprenant toute la masse populaire, sera opprimée et exploitée par l’autre.

Michel Bakounine – Catéchisme révolutionnaire (1865)

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