L’esprit de résistance

Dès que j’ai eu l’âge de raison – façon de parler – j’ai pu mesurer l’exploitation de la classe ouvrière, sans pour autant la comprendre en tant que telle pendant longtemps. J’ai vu des travailleurs – mes propres voisins – qui, après leur journée de travail, étaient obligés de faire des heures supplémentaires dans l’entreprise de mon père ou dans d’autres pour pouvoir survivre avec leurs familles.
Vers l’âge de 17 ans, j’entrais dans un mouvement d’action catholique, la Légion de Marie, dont un des buts était de “plonger” dans la misère pour tenter de consoler ceux qui devaient la subir. Ce qui, progressivement, devint évident pour moi, c’est que la consolation ne supprime ni la faim, ni les maladies. C’est seulement avec les lutes ouvrières qui se produisirent dans ma région au milieu des années 60, et particulièrement avec la grève de Bandas et la répression pendant l’état d’exception qui suivit, ainsi que la lecture de romans sur le thème du sacerdoce ouvrier, que j’arrivais à comprendre la division de la société en classes et leurs intérêts opposés.
Je comprenais le problème, mais je méconnaissais encore les solutions possibles pour le résoudre. Le caractère antagonique de l’affrontement entre la bourgeoisie et le prolétariat m’échappait, et de façon générale, toute rationalisation de la problématique sociale. Ma vision était faite d’expériences personnelles et de mon interprétation idéaliste. Je devais être auprès de celui qui souffrait et l’aider.
Je devais faire quelque chose pour améliorer les conditions de vie des travailleurs, mais je n’arrivais pas à comprendre l’existence d’un mode de production capitaliste qui provoquait l’exploitation de la classe ouvrière et sa répression.
Je me rappelle, par exemple, que pour sensibiliser l’opinion sur la guerre du ViêtNam, nous affichions, à la porte de l’église paroissiale, des photographies d’enfants tués par les bombes.
Mais, ce que ni moi ni mes compagnons ne comprenions alors, avec toutes ses conséquences, c’était que que la guerre du ViêtNam n’était pas un mal en soi, mais le produit de l’impérialisme américain dans sa lutte contre les justes aspirations de libération nationale et sociale du peuple vietnamien. Et que la seule solution possible résidait dans la défaite des troupes US sur ce territoire.
C’est un peu plus tard, dans une seconde étape, que j’ai connu une profonde transformation idéologique qui me permit de mettre chaque élément du casse tête à sa place. J’aimais
l’étude et je voyais la nécessité de rationaliser mes expériences, de comprendre le pourquoi des choses. Ma conception religieuse de la vie, de l’homme et de ses relations sociales, entra en crise. Cette crise était due au fait que cette conception religieuse était insuffisante pour
expliquer chacun des problèmes que je me posais.

C’est alors que j’ai commencé à étudier la théorie marxiste.

José Miguel Beñarán Ordeñana dit Argala – Autobiographie politique

 

(merci à LI pour la superbe image!)

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