Nous sommes à cinq minutes de l’aube et le vent a un goût de liberté

Voici un texte écrit par Mike Ely, un de nos camarades du réseau Kasama, au sujet des occupations ayant lieu aux États Unis et de l’immense espoir qu’elles suscitent.

Nous ne sommes plus cinq minutes avant minuit. Après que le printemps arabe se soit transporté en Espagne puis en Grèce, et finalement à Wall Street, on a soudainement l’impression d’être à cinq minutes de l’aube.

Nous n’avons plus l’impression qu’il n’y a aucun moyen de stopper le merdier mondial. Il y a maintenant une brèche et nous nous jetons dedans.

Nous sommes brusquement projetés à une époque débarrassée de la routine des manifestations fatiguées qui ne parlent plus pour personne, ni à personne.

Les oppresseurs (notre ennemi commun) ne sont plus en sécurité – ou encore moins qu’avant. Ils sont au contraire repoussés, confus, déconcertés, furieux. Le maire milliardaire de New York ne peut pas « nettoyer » un petit parc (ndt: le Zuccotti park, à Wall Street)- et soudain la question n’est plus de chasser les occupants, mais plutôt comment il sera lui même chassé du pouvoir si il continue sur ce chemin.

Pendant si longtemps, toutes les choses qui ont laissé les gens en pleurs la nuit – la misère généralisée elle même, la solitude douloureuse de l’atomisation sociale, le renoncement des vieux comme des jeunes, la guerre sans fin pour la domination, les structures globales de l’empire, la destruction de la nature, la consécration de l’ignorance, de l’intolérance et de l’intégrisme religieux, les viols et la violence quotidienne contre les femmes – toutes ces choses semblaient intouchables, permanentes.

Et maintenant… Un jour nouveau approche – où nous pourrons de plus en plus voir et agir de nombreuses merveilleuses façons, avec un nouvel impact redoutable. Les oreilles s’ouvrent. La curiosité augmente. L’impulsion s’accélère. Soudainement nous reconnaissons le visage des autres – qui nous était alors inconnu – éveillé et animé d’un esprit commun. Les puissants paraissent discrédités et vulnérables.

Le matin arrive… Allez réveillez ceux qui dorment encore.

L’espoir d’une société radicalement nouvelle, de l’abolition du capitalisme, semblait bien loin d’être une réalité. Mais non, maintenant il surgit de partout. Ces occupations de nombreuses places dans des dizaines de villes sont un vent annonçant la tempête qui arrive.

C’est cette état d’esprit qui produit les mouvements révolutionnaires actuels et donc des militants dédiés à un nouveau processus.

Les gens radicaux, les éléments avancés et révoltés qui se sentaient seuls et isolés réalisent soudain qu’ils sont des millions. Des alliés sortent de l’ombre, attirés par chaque nouvelle flamme.

Les anciens réseaux étaient congelés dans la nuit. De nouvelles pensées passent d’un être humain à l’autre, évoluant à chaque passage, s’adaptant et s’affinant. Ces formes d’expression secouent les vieilles formes fatiguées… Une nouvelle génération invente son langage à partir des discussions environnantes.

Comprenons de quoi il s’agit. Précisons notre position. Embrassons les possibilités offertes par ces nouveautés.

Cette rupture avec la norme révèle ce qui s’est déjà mis en place, et qui a mis du temps à se construire. Et cette révélation transforme tout – car nous le voyons tous ensemble, en commun, et nous nous reconnaissons dans cette image.

Soyons impatients, implacables contre ce système criminel.

Soyons amicaux et patients entre nous – alors que nous inventons le nouveau langage pour agir et transformer.

Écoutons ce qui est nouveau. Et saisissons nous des vérités qui ont été pendant si longtemps cachées et niées – alors que nous parlons maintenant depuis le centre de la scène.

Élevons le niveau moral (une position importante à défendre), et n’abandonnons jamais.  Et soyons conscients que les ennemis suivront et que les cameras seront là pour abattre notre moral, et nous montrer comme des idiots, des naïfs, ou des barbares aux portes de la cité.

Et surtout: allons consciemment vers tout cela!

Le changement que nous voulons consiste à nous réapproprier l’accumulation de richesse, de technologie, de science, de travail et de réseaux d’une civilisation complexe et globale – et finalement (finalement!) les mettre au service de nous tous, y compris les plus humbles, jusque là privés de tout pouvoir. Ce sont les sans-voix qui maintenant s’expriment, et les riches qui désormais deviennent silencieux.

Ce changement n’a rien à voir avec le « financement du budget de l’état » mais avec la question du pouvoir, dans son sens le plus fondamental. Nous ne voulons pas taxer les financiers et les multi-milliardaires – nous avons besoin de nous défaire de leur étranglement… Ainsi nous pourrons respirer, peut être pour la première fois de nos vies. Et ainsi nous pourrons changer totalement le sens du monde.

La « liberté » que nous voulons n’est pas l’individualisme défendu par les idéologues conservateurs méprisants. Au contraire, nous devons tendre vers la liberté du peuple, dans son ensemble, pour qu’un monde commun prenne forme – dans une nouvelle éthique de respect mutuel et de solidarité. C’est cela la liberté (la capacité et la possibilité) qui apparait quand le pouvoir populaire reprend tout à l’infime minorité des exploitants.

Une révolution commence dans le domaine des idées et de la reconnaissance mutuelle. Ensuite se pose la question du pouvoir.

En ce moment: nous pouvons avoir un aperçu de ce que donne l’effondrement d’un empire, et de comment les armées commencent à se défaire. Elles ne meurent pas sur les champs de bataille, du moins pas au début – elles meurent par le changement d’allégeance de la jeunesse et des éléments conscients.

Nous ne pouvons pas « Reprendre l’Amérique » (slogan des ultra-conservateurs, ndt) – nous ne l’avons jamais eu. Mais nous pouvons reprendre nos propres vies, notre propre planète et notre futur commun – en les libérant de forces sinistres et hostiles.

Cette période d’occupations n’a rien à voir de toute façon avec aucune conception de « l’Amérique ». C’est un mouvement mondial – car notre société, notre futur et notre biosphère sont tous mondiaux. Cette vague d’occupations et de manifestations qui se répand vise à déterminer comment faire du globe terrestre un tout. Et nous ne pouvons admettre que cela soit diminué et corrompu par les slogans à propos de « l’Amérique d’abord ».

Le vieux « rêve américain » promettait à chacun la possibilité de s’élever au détriment des autres. Ce nouveau rêve peut être le début d’une communauté mondiale assurant la prospérité de tous les êtres humains – et peut remplacer l’idée de communauté par celle d’humanité.

Allons vers tout cela. Allons vers le futur lui même. Sauvons la seule terre que nous avons. Aspirons à combattre ensemble la pauvreté et la souffrance des opprimés.

Nous voilà rendus à l’aube, il est temps d’envisager le monde que nous voulons, et de placer ce projet révolutionnaire au centre du débat, pour une fois, et peut être pour toujours.

Kasama Project – Traduction : Feu de Prairie

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