Guerre de classe en Rome antique: l’exemple de la première guerre servile

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes.
Homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurandes et compagnon, bref oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une lutte ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une lutte qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la disparition des deux classes en lutte. »

Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du Parti Communiste

Etudier l’Histoire de l’humanité de façon scientifique, en se basant sur la grille d’analyse sociologique et économique marxiste, nous renseigne énormément sur la création de nos sociétés et leur évolution. On comprend ainsi que nombre de concepts définissant notre société existaient depuis les premières civilisations (usure, partage des terres, spéculation, etc).

Prenons par exemple la République Romaine au 2° siècle avant JC. Tout le monde connait cette brillante civilisation à l’organisation très avancée. On sait qu’elle se fonde sur la cité, la communauté des citoyens, avec une forte hiérarchisation sociale. Si un esclave peut en théorie racheter sa liberté, dans les faits le déterminisme social régit les vies: on nait dans une classe et on y reste, sauf exception.

Pourtant à cette époque, l’impérialisme romain entraine une profonde mutation de cette organisation. Son modèle inspiré des cités grecques où l’armée était constituée de citoyens enrôlés (propriétaires terriens autonomes) ne résiste pas aux campagnes de plusieurs années dans des pays lointains (expansion à l’est, guerres puniques). La classe sociale servant de socle à la cité ne peut s’occuper de ses terres, qui sont récupérées par les grands propriétaires. Les citoyens propriétaires terriens sont terriblement appauvris au profit de la petite minorité possédant des exploitations immenses (latifundiae) remplies d’esclaves récupérés lors des conquêtes.

Une réforme permettant une modeste redistribution des terres sera proposée par le tribun de la plèbe Tiberius Gracchus, puis par son frère Caïus Gracchus: les deux seront assassinés. Ce passage de l’Histoire romaine met en valeur l’importance du contrôle des terres, l’hégémonie des grands propriétaires opposés aux intérêts de la plèbe, bref la lutte des classes.

Mais alors qu’en est il des esclaves? Peu avant la proposition de réforme a eu lieu un évènement majeur qui a accéléré le processus: la première guerre servile.

Celle ci est bien moins connue que la troisième guerre servile et son célèbre meneur Spartacus, figure mythique de la révolte contre l’esclavage.

Pourtant elle est très intéressante par son fonctionnement. Pour faire simple, tout commence en Sicile vers 139 av. JC, quand un esclave syrien nommé Eunus mène ses camarades dans une révolte contre leur maître particulièrement cruel. C’est l’étincelle qui met le feu à toute la prairie. La situation était tendue sur l’île, elle explose: 400 à l’origine, la troupe d’Eunus comptera 100 000 puis 200 000 hommes et met en place un royaume indépendant.

On peut tirer deux enseignements de cette révolte. Premièrement, si le sénat romain a mis sept ans à vaincre le soulèvement, c’est en partie pour des raisons idéologiques, en considérant que les esclaves n’étaient rien de plus que des animaux ou des outils animés. Le pouvoir sous-estime le peuple et sa capacité à s’organiser, c’est une constante historique. Deuxièmement, quand les esclaves prirent le contrôle de larges zones, ils renversèrent la pyramide sociale en faisant travailler leurs anciens maîtres. C’est un exemple archaïque de dictature du prolétariat, de revanche de la majorité des exploités sur la minorité des exploitants.

Il y eut après l’écrasement de l’insurrection d’autres révoltes d’esclaves et d’autres guerres serviles. La défaite n’était que temporaire. Ainsi pendant la seconde guerre servile (104 – 103 av. JC) les paysans appauvris combattirent au côté des esclaves contre le pouvoir romain. Cela s’explique simplement: ils partageaient les mêmes intérêts de classe.

L’Histoire de l’humanité, ce n’est pas celle des « races », des fantasmes nationaux, du choc des civilisations : c’est celle des sociétés, des mélanges d’influences, et du conflit entre les classes sociales qui ne peut se résoudre que par la prise définitive du pouvoir par les travailleurs.

D.

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