Philosophie?

I — Pourquoi devons-nous étudier la philosophie ?

Nous nous proposons, au cours de cet ouvrage, de présenter et d’expliquer les principes élémentaires de la philosophie matérialiste.

Pourquoi ? Parce que le marxisme est intimement lié à une philosophie et à une méthode : celles du matérialisme dialectique. Il est donc indispensable d’étudier cette philosophie et cette méthode pour bien comprendre le marxisme et pour réfuter les arguments des théories bourgeoises autant que pour entreprendre une lutte politique efficace.

En effet, Lénine a dit : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. »  Cela veut dire tout d’abord : il faut lier la théorie à la pratique.

Qu’est-ce que la pratique ? C’est le fait de réaliser. Par exemple, l’industrie, l’agriculture réalisent (c’est-à-dire : font passer dans la réalité) certaines théories (théories chimiques, physiques ou biologiques).

Qu’est-ce que la théorie ? C’est la connaissance des choses que nous voulons réaliser.

On peut n’être que pratique — mais alors on réalise par routine. On peut n’être que théorique — mais alors ce que l’on conçoit est souvent irréalisable. Il faut donc qu’il y ait liaison entre la théorie et la pratique. Toute la question est de savoir quelle doit être cette théorie et quelle doit être sa liaison avec la pratique.

Nous pensons qu’il faut au militant ouvrier une méthode d’analyse et de raisonnement juste pour pouvoir réaliser une action révolutionnaire juste. Qu’il lui faut une méthode qui ne soit pas un dogme lui donnant des solutions toutes faites, mais une méthode qui tienne compte des faits et des circonstances qui ne sont jamais les mêmes, une méthode qui ne sépare jamais la théorie de la pratique, le raisonnement de la vie. Or cette méthode est contenue dans la philosophie du matérialisme dialectique, base du marxisme, que nous nous proposons d’expliquer.

II. — L’étude de la philosophie est-elle une chose difficile ?

On pense généralement que l’étude de la philosophie est pour les ouvriers une chose pleine de difficultés, nécessitant des connaissances spéciales. Il faut avouer que la façon dont sont rédigés les manuels bourgeois est bien faite pour les confirmer dans ces idées et ne peut que les rebuter.

Nous ne songeons pas à nier les difficultés que comporte l’étude en général, et celle de la philosophie en particulier ; mais ces difficultés sont parfaitement surmontables, et elles viennent surtout du fait qu’il s’agit de choses nouvelles pour beaucoup de nos lecteurs.

Dès le début, nous allons d’ailleurs, en précisant les choses, les appeler à revoir certaines définitions de mots qui sont faussés dans le langage courant.

III. — Qu’est-ce que la philosophie ?

Vulgairement, on entend par, philosophe : ou bien celui qui vit dans les nuages, ou bien celui qui prend les choses par le bon côté, celui qui ne « s’en fait pas ». Or, tout au contraire, le philosophe est celui qui veut, à certaines questions, apporter des réponses précises, et, si on considère que la philosophie veut donner une explication aux problèmes de l’univers (d’où vient le monde ? où allons-nous ? etc.), on voit, par conséquent, que le philosophe s’occupe de beaucoup de choses, et, à l’inverse de ce que l’on dit, « s’en fait beaucoup ».

Nous dirons donc pour définir la philosophie, qu’elle veut expliquer l’univers, la nature, qu’elle est l’étude des problèmes les plus généraux. Les problèmes moins généraux sont étudiés par les sciences. La philosophie est donc un prolongement des sciences en ce sens qu’elle repose sur les sciences et dépend d’elles.

Nous ajoutons tout de suite que la philosophie marxiste apporte une méthode de résolution de tous les problèmes et que cette méthode relève de ce qu’on appelle : le matérialisme.

IV. — Qu’est-ce que la philosophie matérialiste ?

Là encore existe une confusion que nous devons immédiatement dénoncer ; vulgairement, on entend par matérialiste celui qui ne pense qu’à jouir des plaisirs matériels. Jouant sur le mot matérialisme — qui contient le mot matière, — on est ainsi arrivé à lui donner un sens tout à fait faux.

Nous allons, en étudiant le matérialisme, — au sens scientifique du mot, — lui redonner sa véritable signification ; être matérialiste n’empêchant pas, nous allons le voir, d’avoir un idéal et de combattre pour le faire triompher.

Nous avons dit que la philosophie veut donner une explication aux problèmes les plus généraux du monde. Mais, au cours de l’histoire de l’humanité, cette explication n’a pas toujours été la même.

Les premiers hommes cherchèrent bien à expliquer la nature, le monde, mais ils n’y parvinrent pas. Ce qui permet, en effet, d’expliquer le monde et les phénomènes qui nous entourent, ce sont les sciences ; or les découvertes qui ont permis aux sciences de progresser sont très récentes.

L’ignorance des premiers hommes était donc un obstacle à leurs recherches. C’est pourquoi au cours de l’Histoire, à cause de cette ignorance, nous voyons surgir les religions, qui veulent expliquer, elles aussi, le monde, mais par des forces surnaturelles. C’est là une explication antiscientifique. Or comme, petit à petit, au cours des siècles, la science va se développer, les hommes vont essayer d’expliquer le monde par les faits matériels à partir d’expériences scientifiques et c’est de là, de cette volonté d’expliquer les choses par les sciences, que naît la philosophie matérialiste.

Nous allons, dans les pages suivantes, étudier ce qu’est le matérialisme, mais, dès maintenant, nous devons retenir que le matérialisme n’est rien d’autre que l’explication scientifique de l’univers.

En étudiant l’histoire de la philosophie matérialiste, nous verrons combien a été âpre et difficile la lutte contre l’ignorance. Il faut d’ailleurs constater que de nos jours cette lutte n’est pas encore terminée, puisque le matérialisme et l’ignorance continuent à subsister ensemble, côte à côte.

C’est au coeur de cette lutte que Marx et Engels sont intervenus. Comprenant l’importance des grandes découvertes du XIXe siècle, ils ont permis à la philosophie matérialiste de faire d’énormes progrès dans l’explication scientifique de l’univers. C’est ainsi qu’est né le matérialisme dialectique. Puis, les premiers, ils ont compris que les lois qui régissent le monde permettent aussi d’expliquer la marche des sociétés ; ils ont formulé ainsi la célèbre théorie du matérialisme historique.

Georges Politzer (fusillé par les nazis en 1942) – Principes élémentaires de philosophie (intro)

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