Surtout, ne pas s’interroger

Un bon article du blog Luftmenschen au sujet d’un fait divers copieusement relayé par la presse, censer prouver le « racisme anti-blanc » (disponible en cliquant sur l’image).

D’ailleurs, le concept de racisme anti-blanc est constitutif de l’extrême droite actuelle. Il est très important de le comprendre car il vise à faire croire à une « oppression de la majorité par les minorités ».

Evidemment, le racisme institutionnel est complètement nié. Il n’y aurait qu’une opposition entre des « envahisseurs » barbares et une « nation française » incapable de se défendre à cause d’une « bien-pensance culpabilisatrice de gauche ».

Cette vision du monde est fausse et réactionnaire. La vérité, c’est que la question est beaucoup plus complexe.

D’un côté, il y a un état français profondément raciste: le passé colonial a de beaux restes, les comportements des médias, de la police, des institutions (négation des cultures différentes à l’école par exemple) nous le rappellent au quotidien. Une partie de la gauche « républicaine » est raciste elle aussi, sans s’en apercevoir, voulant intégrer de force par la négation, niant les identités régionales et les minorités nationales, leurs droits, leurs spécificités. Cette vision ne tient pas non plus la route, c’est seulement le dernier soubresaut de la république bourgeoise se pensant progressiste.

De l’autre, il y a une part de la société française issue de l’immigration (européenne, nord-africaine, africaine). Ces populations ne sont pas arrivées ici par hasard, ni à cause d’un quelconque « complot mondialisto-gauchiste » ou autre connerie.

Elles sont venues en France pour de multiples raisons: pour reconstruire le pays après la seconde guerre mondiale, parce que les pays d’origine sont exploités par l’impérialisme (français surtout) qui empêche tout développement, par la suite de guerres coloniales…

A qui l’extrême droite en veut-elle tant alors? Aux immigrés de première génération, n’étant surement pas partis avec plaisir de leurs pays pour (sur)vivre en France? Ou aux générations suivantes n’ayant pas non plus eu le choix, à qui on n’offre qu’un quotidien morne, dépolitisé, dans des tours construites sur le modèle des prisons, où les seules échappatoires offertes sont la réussite individuelle, la défonce, voire le service dans l’armée pour être la chair à canon de l’impérialisme?

Ces banlieues pourtant, sont caractérisées par un grand métissage, la dépolitisation n’empêchant pas la solidarité et le refus de l’autorité étatique, et un dynamisme culturel.

La « haine du blanc » que nous vend la droite, ne serait-ce pas en grande partie une haine de classe, une haine des exploiteurs, apparue dans un contexte de rejet total de ce monde des quartiers?

Bien sûr, les insultes racistes contre les blancs existent, tout comme des agressions. Le problème est de le mettre sur le même pied que (puis de le faire remplacer) le racisme institutionnel, généralisé, que subissent les populations de banlieues (qu’elles soient noires, blanches, arabes, peu importe)  et les immigrés, les pauvres en général.

On les accuse d’être le produit du désert humain dans lequel on a voulu les enfermer. La vraie haine, c’est celle du peuple qu’a la classe dominante.

Deux choses encore: la place du patriarcat, qui ne vient pas exclusivement d’une « culture musulmane brutale » contrairement à ce que disent nos ennemis. Elle est très importante, comme dans toutes les sociétés capitalistes. L’extrême droite est d’ailleurs bien mal placée pour en parler, au vu de la place qu’ils réservent à tous les êtres jugés faibles, les femmes pour commencer… Le patriarcat explique beaucoup de comportements violents contre les « faibles ».

Ensuite, la place des fiertés nationales; toute la droite aime s’indigner dès qu’elle voit des t-shirts aux couleurs de pays du Maghreb. Beaucoup de pseudo gauchistes et de bobos républicains ont le même discours. Ça en arrive immanquablement à « …eux ils ont le droit, alors que nous on ne peut pas porter de drapeau tricolore ni chanter la marseillaise ». Ce genre d’argumentaire oublie que la France est un des premiers pays impérialistes au monde, qu’elle continue d’exploiter ses anciennes colonies d’Afrique, qu’elle nie les droits des peuples intérieurs (Corses, Bretons, Basques…). Lever n’importe quel autre drapeau que celui de cet état, c’est un geste populaire de défi face au système. Le chauvinisme doit être détruit là où il se trouve. Si la « gauche » avait fait son travail en banlieue, ce seraient des drapeaux rouges ou noirs qui se lèveraient. Et au vu des productions de rappeurs (de Ape à Médine, de Public Enemy à Calavera, de 2 bal à Brav), le peuple n’a pas attendu le messie pour se conscientiser.

Donner le pouvoir au peuple c’est permettre à chacun de vivre décemment là où il est né si il le veut, c’est donner une place dans la société et une liberté que nous refusent ce système.

Ceux qui ont vécu en banlieue, ceux qui sont victimes du système – les femmes, les immigrés, les exploités – savent déjà tout cela.

L’intérêt commun, le vecteur de rassemblement, ce sera donc la révolution: tous ont intérêt à ce qu’une révolution populaire, internationale, totale, vienne renverser cet ordre barbare.

D.

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